samedi 10 avril 2010

5 - Hallucinations et honte

POV Edward :

Je traversais le couloir à toute vitesse, courant comme un dératé pour m’éloigner le plus rapidement possible de la source de mon désespoir. Bella… si seulement j’avais osé aller vers elle, faire le premier pas, au lieu de me faire de fausses idées ! Si seulement j’avais été moins con… c’est de moi qu’elle serait enceinte à l’heure qu’il est et non de ce Gadget… si… si… si…
Tous mes rêves, tous mes espoirs venaient de se casser la gueule royalement, me laissant seulement avec un trou béant à la place du cœur.
Je portais vivement une main sur mon visage afin d’essuyer les larmes qui menaçaient de perler aux coins de mes yeux et continuais à courir, sans me rendre compte de là où j’allais, lorsque, brutalement, je percutais un mur. Un mur qui me colla un pain en plein visage…

Eeeh ! Depuis quand les murs rendent les coups ?

- Qu’est-ce que tu fous ici, espèce d’enfoiré ? éructa une grosse voix menaçante et étonnement familière.

Je levais les yeux en direction de la voix et clignais des paupières à quelques reprises avant d’apercevoir avec stupeur le visage à la fois colérique et particulièrement agressif de mon frère. Ses yeux, d’ordinaire si doux et pétillants de malice, lançaient des éclairs et ses lèvres étaient pincées, figées en un rictus excessivement mauvais. Ses bras étaient alignés le long de son corps et ses mains, serrées en forme de poings, tremblotaient.

- Emmett ? Que…
- J’ai dit : qu’est-ce que tu fous ici ?
- Bella… je… je venais voir Bella…

Ma voix me trahit, à la fois cassée par les sanglots qui menaçaient d’éclater, et chevrotante d’émotions à l’idée de l’avoir perdue à jamais, tout ça par ma faute.

- Ah ouais ? T’as voulu voir par toi-même le mal que tu lui as fait hier soir ? Espèce de salopard pathétique… si t’étais pas mon frangin, je te tuerais de mes propres mains…
- Vas-y Emmett… te gêne surtout pas pour moi… puisque j’ai tout gâché encore une fois !


Voyant qu’il ne réagissait pas, toujours figé dans la même position, je repris ma route ; il fallait à tout prix que je m’éloigne de ce lieu maudit… maintenant. De toute façon, je n’y ai plus ma place…

- EH ! Tu crois aller où comme ça ?
- Je me casse Emmett… J’me tire… je n’ai rien, plus rien à faire ici…
- QUOI ? Tu vas laisser Bella se démerder comme ça ? T’as pas l’intention d’assumer quoique ce soit ?

Assumer quoi ? De quoi il parle ?

Son regard affichait clairement l’ébahissement pur et simple, le dégoût, ainsi que la colère froide.

- C’est ce que je fais en me tirant d’ici, justement…
- En fuyant ? Espèce de lâche, pauvre con, sale mauviette, bi…
- Je ne fuis pas, j’assume mes erreurs et vais désormais laisser la parfaite petite famille de la chambre 438 en paix… je… je…

Faut que j’oublie tout ce qui est Elle…

Je ne savais pas quoi dire de plus, je n’en avais pas envie de toute façon… le vide, faire le vide, je n’en demandais pas plus… je repris mon chemin en courant, croulant sous les injures de mon frère qui ne cessait de hurler, entre deux insultes « c’est ça, fuis espèce de lâche ».
Il fallait que je m’éloigne… que je parte… loin… le plus loin d’ici…
Je sortis enfin de l’hôpital et passais en courant devant la voiture de Jasper, sans même lui jeter un regard. Je n’avais pas besoin de sa pitié et de sa compassion, et encore moins de ses discours moralisateurs et empathiques. Je devais partir… loin, très loin d’ici… et ne pas revenir tant que je ne l’aurais pas oubliée… Bella… Ma Bella…
Et ça faisait si mal, putain ! Merde, c’est mon môme qu’elle devrait porter, notre enfant ! Pas celui de l’autre Gadget…je suis persuadé qu’on serait heureux tous les trois…
J’arrivais finalement sur l’artère principale et hélai un taxi ; quelques secondes plus tard, je m’engouffrai dans le véhicule qui s’était arrêté à ma portée. Une vingtaine de minutes plus tard, je jetai un billet de 20 dollars au chauffeur et entrai chez moi, filai dans ma chambre, attrapai un sac à dos que je bourrais de vêtements, pris mon passeport, ma carte bancaire, puis à peine arrivé en bas, je fus stoppé dans mon élan par Kate et Tanya.

- Ed ! Où tu crois aller comme ça ? Qu’est-ce que tu fais ? S’inquiéta Kate.
- Loin… Faut que j’parte d’ici… je…
- Ed, c’est une erreur, tu ne te rends pas compte, tu te trompes…
- Tais-toi Kate, j’ai pas le temps. Garde les clefs et si ça va pas, que t’as besoin d’être au calme ou de réfléchir, viens ici et fais comme chez toi…

Alors que j’atteignais la porte, Tanya me rattrapa et m’agrippa violemment par le poignet.

- Edward ! Calmes-toi bon sang ! C’est un malentendu, je…
- STOP ! Tanya… ça fait plus de quatre mois que je nage en plein « malentendu » comme tu dis et ils m’ont coûté mon idéal et ma santé mentale. Trop, c’est trop, j’ai besoin de… J’ai besoin de faire le point, j’ai besoin de me changer les idées… Je veux juste son bonheur… elle a un avenir heureux qui l’attend avec Gadget et son enfant…
- Ed ! Tu te…

Le reste de ses paroles ne m’atteignit pas tant j’étais pressé de quitter les lieux. Une fois dehors, mon sac sur le dos et mes papiers en poche, je courais jusqu’à la station de métro la plus proche, comme si ma vie en dépendait et pris la rame en direction de l’aéroport. Je pris le premier vol en partance que je pus attraper, un avion pour le Mexique. Pour une première étape, c’est une bonne destination, peut-être que le soleil me réchauffera légèrement le corps et le cœur…mon cœur brisé par tous ces malentendus et allègera un tant soit peu ma peine…ma peine de Bella…
Je regardais par le hublot les immeubles rapetisser, devenir de minuscules petits points pas plus gros que des insectes, toutes mes pensées concentrées sur la merveilleuse jeune femme, allongée dans un lit d’hôpital, et qui donnerait bientôt la vie… d’un autre que moi.


POV Emmett :

Ouf ! Tout va bien… Bella n’a rien… les jumeaux vont bien… Je ne sais pas ce que j’aurai fait s’il leur était arrivé quelque chose…
J’ai passé toute la nuit et toute la matinée ici, à boire des cafés infectes ou tenir la main de Bella lorsque les infirmières ou les médecins m’autorisaient à la voir. Pfff… Faut que j’me rafraîchisse un peu, moi, je commence à sentir le chacal… Bella ne m’en voudra pas que j’utilise la salle de bains de sa chambre, au contraire, ça la soulagera ! Je sais qu’elle ne supporte plus les odeurs fortes et honnêtement, ça fait plus de 24 heures que je traîne dans mes fringues. Allez hop, passage à la boutique de l’hôpital ! J’y trouverai bien un déodorant et un gel douche, non ? Même un teeshirt et un calbut, en cherchant bien !
Ben tiens, c’est à croire qu’il surveille mon départ celui-là ! Garrett… Il m’énerve à draguer ma p’tite belle-sœur ce type… C’est pas qu’il est méchant ou con, non ! Au contraire, il est très sympa… mais Bella est à mon frangin… Enfin… était. J’en reviens toujours pas de c’qu’il a osé faire hier soir… C’était pas mon p’tit frère, ça… Mais qu’est-ce qu’il a bien pu branler ce con ? Pourquoi a-t-il fait ça ? Je ne le reconnais plus… depuis cette nuit où leurs routes se sont croisées, Edward n’est le plus même !
Pff… La vendeuse de la boutique de l’hôpital me fait du gringue. Pas la peine de perdre ton temps, chérie, je suis casé et heureux avec ma Rosalie !
Ma belle n’est pas avec moi : ma petite Rose était crevée, je l’ai envoyée chez Alice et Jasper, qu’elle se repose. Le lutin survolté tombé dans une marmite d’amphétamines quand elle était petite est parti chez Bella pour prendre quelques affaires. Ça doit bien faire deux heures qu’elle a filé, tout ça pour prendre deux jeans, deux teeshirts, deux pulls et quelques sous-vêtements ! Cette Alice est une vraie folle dès qu’on parle vêtements… et la connaissant, elle a dû intégralement vider les placards de Bella et surtout dresser un inventaire de sa garde-robe.
Je remonte jusqu’à l’étage de la chambre de Bella, je l’entends crier et pleurer, elle appelle désespérément mon frère… Je vais lui faire bouffer ses couilles à celui-là quand je le croiserai, c’est tout ce qu’il mérite !
EH ! Mais qu’est-ce que… Putain ! Edward ? Il court tête baissée dans le couloir et ne m’a pas vu arriver, il va si vite que je n’ai pas le temps de l’esquiver et il me percute de plein fouet. Je ne sais pas pourquoi, mais dès que son visage se lève, mon poing part tout seul à la rencontre de sa joue… Il a l’air complètement ahuri et moi, j’ai les nerfs à vif.

- Qu’est-ce que tu fous ici, espèce d’enfoiré ?

Il lève les yeux vers moi et me voit sans me voir puis il cligne des yeux et son visage, tout comme son regard, est vide d’expression, mis à part, à la limite, une légère stupeur. Quant à moi, je suis obligé de serrer les poings pour ne pas l’envoyer aux urgences. Remarque, le chemin pour y aller ne serait pas trop long ! Après ce qu’il a fait, il n’a pas le droit d’être là… Edward ouvre la bouche, la referme, la rouvre, la referme… puis finit par prendre la parole d’une voix lugubre.

- Emmett ? Que…
- J’ai dit : qu’est-ce que tu fous ici ?
- Bella… je… je venais voir Bella…

Sa voix est cassée et tremblotante de je-ne-sais-quoi.

- Ah ouais ? T’as voulu voir par toi-même le mal que tu lui as fait hier soir ? Espèce de salopard pathétique… si t’étais pas mon frangin, je te tuerais de mes propres mains…
- Vas-y Emmett… te gêne surtout pas pour moi… puisque j’ai tout gâché encore une fois !


Il joue à quoi, là ? C’est à croire que Monsieur voudrait que je le plaigne ! Il peut toujours aller se faire foutre ce pauvre con ! Reste calme, Emmett, reste calme… pas la peine de monter sur tes grands chevaux pour un abruti pareil. Eh ! Mais… mais c’est qu’il se barre ce con !

- EH ! Tu crois aller où comme ça ?
- Je me casse Emmett… J’me tire… je n’ai rien, plus rien à faire ici…
- QUOI ? Tu vas laisser Bella se démerder comme ça ? T’as pas l’intention d’assumer quoique ce soit ?

J’hallucine ! Il est allé voir Bella et il se barre, comme ça, comme si c’était normal ! Elle se retrouve avec un polichinelle dans le tiroir - enfin… deux ; elle est très affaiblie par sa grossesse et lui n’y prête pas plus d’attention que si elle n’était qu’un vulgaire coup de bite ! J’y crois pas ! Il apprend qu’il va être papa et s’en branle comme de sa première chaussette !

- C’est ce que je fais en me tirant d’ici, justement…

Mais oui, c’est ça ! À d’autres…

- En fuyant ? Espèce de lâche, pauvre con, sale mauviette, bi…
- Je ne fuis pas, j’assume mes erreurs et vais désormais laisser la parfaite petite famille de la chambre 438 en paix… je… je…

Quoi ? Il « assume ses erreurs » en se barrant ? Mon cul ouais ! Il ne pense qu’à sa gueule ce sale type égoïste ! J’ai honte de partager le même sang que lui… Ben tiens ! Voilà qu’il se barre en courant maintenant !

- T’as raison ! Dégage connard ! Tu ne la mérites pas ! Ils seront bien mieux sans toi ! Allez, c’est ça ! Fuis espèce de lâche !

Sale petit merdeux… Sa sale gueule vient de disparaître au fond d’un couloir. Quoique… après tout, c’est peut-être la meilleure décision qu’il ait pris… la fuite.
Je me retourne pour aller rejoindre la petite Bella et mes futurs neveux et/ou nièces et m’aperçois que tout le monde me regarde, patients, visiteurs, personnel médical. Oups ! Je me suis donné en spectacle… Pas fais gaffe, désolé. Ben quoi ! J’y peux rien, j’suis un impulsif ! Surtout quand je vois l’attitude déplorable de mon propre frangin…
J’arrive dans la chambre de Bella, elle sanglote et se débat tandis que Garrett tente de la repousser pour qu’elle s’allonge ; j’agrippe Bella fermement par les épaules et l’oblige à se remettre au lit.

- Non ! Je dois le voir, je…
- Bella, tu dois rester alitée, pense aux bébés ! Essaye de la raisonner docteur dragueur.
- EDWAAAAAARD ! EEEEDWAAAAAAAAARD !

Ça me déchire le cœur de l’entendre appeler mon fran… l’autre désespérément. Va falloir qu’elle se fasse une raison la p’tite, mais même si l’autre gland n’assume pas, je le ferai ! Eh ! Ce sont mes neveux ou nièces qui se trouvent bien au chaud dans son p’tit bidon !
Je m’assois à côté d’elle sur le lit et la serre contre moi. Elle enfouit son visage dans mon épaule et pleure toutes les larmes de son petit corps pendant que je la berce doucement en lui caressant les cheveux.

- Ssssh Bella… Je suis désolé… Edward ne reviendra pas… Il… il n’a pas l’intention d’assumer, il… enfin, il a bien dû te le dire lorsque vous avez parlé, non ? Mais t’inquiè…
- De quoi tu parles, Emmett ? Nous n’avons pas parlé, il est juste…
- Comment ça ? Mais bien sûr que si vous avez parlé !

Mais de quoi elle parle ? Elle délire, la pauvre…

- Non… Nous n’avons pas parlé… Il… Edward est passé et il nous a surpris avec Garrett… On discutait puis il m’a embrassée et… Edward a dit que… qu’il était content que j’aille bien…
- Quoi ? Mais… Pourquoi il m’a parlé des enfants si…
- Comment Emmett ? Qu… qu’est-ce qu’il t’a dit ?

Bella est tendue et son visage est d’une pâleur cadavérique, elle fait peur à voir. Je lui rapporte la conversation musclée que j’ai eue avec mon frangin et elle plonge son visage entre ses mains, tirant sur les mèches de cheveux qui passent devant ses yeux avant de se remettre à sangloter violemment lorsque je lui dis qu’Edward laissera en paix la « parfaite petite famille »…

- Noooon ! Pourquoi ? Mais pourquoi j’ai fait ça ?
- De quoi tu parles, Bella ?

Ses grands yeux bruns larmoyants plongent dans les miens tandis que docteur dragueur essaye de lui caresser tendrement le visage ; elle le repousse brusquement.

- Je n’ai pas discuté avec Edward… il a surpris ma conversation avec Garrett et… Oh mon dieu… C’est pas vrai !

Bella se fige, les mains jointes devant sa bouche en une prière silencieuse et se remet à pleurer.

- Quoi Bells ! Dis-moi !
- J-j-je pense qu’il croit que Garrett est le père… Nooooon !

Oh merde… c’est la cata.
Au moment où j’attrape mon téléphone pour contacter toute la clique, Bella se relève et essaye de partir. Je l’empoigne et la remets de force au lit puis retourne à mon portable pour envoyer un message à la bande. Le docteur dragueur réconforte Bella en lui parlant à voix basse et je vois la miss se raidir aux paroles de Garrett, j’y prête une oreille un peu plus attentive…

- …ne te mérite pas… tu vaux mieux que ça… pense à tes enfants…
- Je t’ai déjà dit non, Garrett et la réponse reste la même ! C’est lui que je veux… pour moi et pour eux… et je la vois passer une main sur son p’tit bidon.

Bella est en colère et devient une vraie furie avec Garrett. Je m’approche d’eux et tente de comprendre pourquoi elle réagit comme ça face à lui.

- …mais ce mec ne te mérite pas, Bella !
- Arrête ça tout de suite, Garrett ! Tu ne le connais pas. C’est… c’est le père de mes enfants !
- Redescends sur terre, voyons ! Je suis médecin, n’oublie pas. Ce mec a un gros problème avec l’alcool, ça se voit tout de suite ! Tu te retrouveras toute seule avec tes enfants, il sera incapable d’assumer quoique ce soit !

Non mais il se prend pour qui, celui-là ?!

- Eh toi ! C’est de mon frangin que tu parles ! Et il n’a pas de problème de boisson !
- Emmett, ouvre les yeux ! C’est peut-être ton frère, mais c’est aussi un alcoolique ! Bella mérite mieux que ça! Et les jumeaux ont besoin d’un père, pas d’une loque-AÏE!

Je n’ai pas eu le temps de lui coller mon poing dans la gueule, Bella s’en est chargée pour moi. Elle est envahie par la fureur, le visage rouge comme une pivoine, les yeux qui lancent des éclairs et on verrait presque de la fumée sortir de ses narines et de ses oreilles. On dirait une cocotte-minute sous pression. Elle n’a pas ménagé ses forces et secoue sa main en soufflant dessus tandis que Garrett se tient le nez.

- Garrett, je t’apprécie beaucoup, tu es un ami, mais ça s’arrête là. Il n’y aura rien entre toi et moi, ni maintenant, ni demain, ni jamais. J’ai eu un moment de faiblesse tout à l’heure, je n’aurai jamais dû me laisser aller. J’aime Edward et au risque de t’étonner, je suis responsable de son problème d’alcool. J’ai besoin de lui, seulement lui et s’il ne peut pas me retourner mes sentiments, je préfère être seule, parce que c’est lui et ce sera toujours lui. Maintenant, j’aimerai que tu sortes, j’ai besoin de me calmer et je n’y arriverai pas tant que tu seras là.

Le dit Garrett ouvre et referme sa bouche à plusieurs reprises comme un poisson hors de son bocal avant de souffler lourdement en secouant la tête puis de sortir. Bella, quant à elle, retombe dans son lit en pleurnichant alors que je préviens les potes. Jasper arrive comme un dingue en même pas trente secondes. Wow ! C’est Flash Gordon ou quoi ?

- J’étais sur le parking, j’avais déposé Eddy tout à l’heure. Qu’est-ce qu’il se passe ? Je l’ai vu se barrer en courant et prendre un taxi ! Tu lui as parlé, Bella ?

Pour toute réponse, la petite puce redouble de larmes sous le regard surpris de Jasper.

- Jazz, on a un problème…
- Quoi Emmett ?
- Eddy sait que Bella est enceinte mais il ne sait pas que c’est lui le père…


POV Edward :

Cela faisait… trois semaines ? Un mois ? Pff… j’m’en fous… que j’étais à Tijuana, écumant cantinas et bars l’un après l’autre. Je me noyais dans l’alcool jour après jour et dans les femmes… Ou du moins, j’essayais. J’étais tellement rond que ma libido avait atteint le zéro absolu…
Un soir de biture, après m’être fait jeté d’un bar parce que je draguais la fiancée du patron, j’étais tombé sur un étrange vieil homme qui s’approchait résolument de moi. Ce vieux bonhomme était petit, courbé et tordu par les ans et j’étais incapable de lui donner un âge. Ses muscles étaient noueux et sa peau parcheminée et burinée par le soleil. Ses longs cheveux blancs tressés lui tombaient jusqu’à la taille et il était vêtu d’une simple tunique, d’un pantalon en toile, d’un poncho et portait des sandales en cuir râpé aux pieds.
J’étais scié, complètement scié par ce vieux fou qui vint à moi la main tendue et m’apostrophait d’un « salut Edward ! » souriant de toutes ses dents… enfin plutôt des quelques chicots qui restaient dans sa bouche édentée. En l’espace de cinq minutes, il me raconta MA vie. S’il y avait eu des gens autour de nous, ils auraient cru que ce type ne m’avait pas vu depuis des lustres et qu’il me connaissait depuis toujours. Il m’expliqua qu’il avait eu une vision dans laquelle on lui annonçait ma venue et qu’il était là pour m’aider à y voir plus clair… Une vision ? Et quoi encore ! Une boule de cristal et des grigris aussi ?
Ce vieux fou était si cryptique dans ses propos que je n’y comprenais rien ! Il m’emmena avec lui en plein désert, à dos d’âne. Il habitait une maison troglodyte bien cachée à flanc de montagne. Je n’eus pas le temps de découvrir les lieux, la nuit était noire et sans lune et j’étais tellement bourré que je m’écroulais sur une couche en à peine quelques secondes.
Lorsque je m’étais réveillé le lendemain matin, il faisait bon dans la maison. J’entendais des chants étranges venant de l’extérieur et je trouvais mon vieillard devant une espèce de « tente », mélange parfait entre le tipi amérindien et la yourte mongole, en train de psalmodier divers chants tribaux tout en fumant une pipe, croisement entre un shilom* et un calumet de la paix. Il m’accueillit avec un café et un sourire bienveillant ; ses yeux noirs comme la nuit pétillaient de malice et tout en lui révélait une immense sagesse. Il m’expliqua qu’il allait me guider pour mon voyage, mais qu’avant cela, je devais m’y préparer et me purger. Il m’apprit qu’il s’appelait Yahuengo et qu’il était un sorcier Yaqui. Les « esprits » lui avaient donné une mission au cours de sa dernière transe, celle de m’aider à trouver mes réponses. Avais-je au moins les questions ??
Je m’étais mordu les lèvres pour ne pas rire, persuadé que ma famille ou mes amis me faisait une blague ou que j’avais affaire à la caméra cachée, mais peu à peu, je commençais à avoir des sueurs froides tout le long de la colonne vertébrale et être passablement effrayé lorsque Yahuengo me révéla des détails et des faits connus de moi seul… Bien que la peur soit présente, le vieil homme était la gentillesse et la sagesse incarnées, puis au fur et à mesure que s’écoulait cette première journée, je me détendis.
Ensuite, deux jours durant, le vénérable sage me fit boire des tisanes à base d’herbes séchées dont je ne connaissais pas le nom, afin de « purifier » mon organisme et mon âme, puis me fit fumer ses plantes et inhaler certaines vapeurs pour me préparer à mon voyage. C’est dingue ce que je pouvais transpirer ! Mais… je me sentais bien… léger… incroyablement léger… presque serein. Lorsque je lui demandais la raison de ma présence ici, avec lui, le vieil homme restait évasif, me répondant simplement « attends et tu verras ».
Au matin du quatrième jour, il m’amena un bol en terre cuite contenant une boisson étrange et assez épaisse, d’une drôle de couleur, à la fois brunâtre et rougeâtre. L’odeur était vraiment bizarre, ça ressemblait à un mélange de boue et d’herbe coupée. J’étais franchement sceptique quant à ses intentions, mais le vieux shaman me répétait simplement :

- Bois et attends, tu apprendras ce que tu as besoin de savoir. Bois et attends que les réponses viennent à toi.
- Mais quelles réponses, Yahuengo ?
- Bois. Elles viendront à toi…

Je ne savais pas pourquoi, mais je voulais lui faire confiance. Je bus la mixture d’une seule traite, c’était épouvantable. Elle était assez amère, très même et me brûlait l’estomac. Le vieux sorcier partit vaquer à ses occupations, me laissant seul, tandis que j’observais la beauté simple du paysage alentour, bien que le désert en lui-même soit assez austère, puis j’attendis… J’attendis… J’attendis…
Le décor changeait. Au lieu d’une immensité jaune et bleue, désert et ciel, je vis des centaines de nuages filandreux se créer puis passer à la vitesse de la lumière en tournoyant, créant une espèce de vortex étincelant entre la réalité et le rêve. Puis la nature se mit à se métamorphoser, les cactus bougeaient et paraissaient vivants, l’étendue désertique, immuable, intemporelle, prenait vie sous mes yeux, sous mes mains, sous mes pas, les cailloux gonflaient ou rapetissaient et flottaient dans l’air comme des bulles de savon, les quelques touffes d’herbe séchée dansaient comme des flammèches, minuscules feux follets luminescents et vibrants de vie. J’observais béatement la beauté de ce spectacle, et vis des serpents venir à moi et je conversais avec eux. Bien que les reptiles ne m’apprennent rien de nouveau, l’expérience était fabuleuse. Dans un éclat de lucidité, je compris que le shaman m’avait donné un hallucinogène quelconque et je me mis à paniquer… et à me sentir mal… très mal… horriblement mal… terriblement angoissé… oppressé… et brusquement, une voix éthérée, déformée par mon trip, se fit entendre.

- Laisses-toi aller… Ne réfléchis pas… Ne pense pas… Tout va bien… Laisses-toi porter… Tout ira bien…

Je décidais de faire confiance à la Voix et me laissais guider par les couleurs, les formes et les sons… Je déambulais librement dans l’immensité de l’espace et du temps, des bulles aux reflets irisés ayant remplacé les étoiles et les planètes. Je me laissais dériver dans les méandres de la Connaissance au rythme de la mélopée tribale qui retentissait dans les airs et finis par trouver un chemin en contrebas. Je me laissais guider par le grand arc-en-ciel serpentant au sol, par le grand lézard doré qui suivait la route aux sept couleurs et je vis…
Je me retrouvais fugitivement dans le passé avec Bella, je revivais cette nuit-là… puis je vis à nouveau Bella, à chaque fois que nous nous étions croisés… je voyais ces moments comme totalement décomposés et observais les éléments dont je n’avais pas été conscient au départ, tous ces détails absurdes qui avaient engendré tant de malentendus, de malheurs et de peine… Je vis le corps de Bella se déformer subitement puis elle disparût totalement et à la place se trouvait une espèce de sphère… je me retrouvais têtard nageant au milieu des eaux troubles contenues dans la sphère… je vis deux petits points nager avec moi, devenant également têtards, puis bébés… deux bébés reliés par un cordon… tout se mêla dans un maelstrom de couleurs et de formes puis s’évapora… je me revis avec elle, ma Bella, quelques années plus tard… tenant deux enfants par la main… un garçon… une fille… parfaits mélanges de Bella et moi…
J’avais envie de me perdre dans ces images, aller dans cette réalité se jouant devant mes yeux, les rejoindre elle et nos enfants, je voulais y croire et je me laissais glisser dans ce délire illusoire où je me voyais enfin heureux… Je me sentais tellement bien dans ce monde chimérique ! Puis toutes les images se mélangèrent, donnant lieu à une spirale de couleurs vives et chatoyantes et de formes psychédéliques puis je fus brusquement aspiré en arrière, passant à nouveau par le vortex pour me retrouver dans le vide, le néant, le noir. Il n’y avait plus rien, ni personne et je sombrais…
Je sentis quelque chose de frais et humide sur mon front. Je reprenais doucement conscience mais je n’avais toujours pas ouvert les yeux. Je me sentais… bizarre, à la fois lourd et léger, engourdi et alerte, embrouillé et clair… puis j’entendis le rire du vieil homme retentir dans l’air.

- Tu peux ouvrir les yeux, Edward ! Ton voyage est terminé, tu as obtenu tes réponses.
- Hmmm… B’jour ! Ça fait combien de temps que je comate comme ça ?
- En comptant ton voyage ? Quatre jours.

Wow ! J’étais resté inconscient pendant plus de trois jours ? Je m’aperçus que j’étais étendu sur ma couche, seulement vêtu d’un boxer, trempé des pieds à la tête et enveloppé dans une couverture tissée à la main. J’essayais de me lever mais la tête me tournait légèrement et je me sentais faible, aussi je me relevais en position semi-couchée, appuyé sur un coude.

- Non jeune homme. Ton voyage a duré trois jours et il t’a fallu une journée complète pour récupérer.

J’étais bouche-bée devant le vieux shaman qui me donnait l’impression de lire dans les pensées. Mais ce qui me sidérait le plus, c’est que je n’avais pas du tout l’impression d’avoir été déconnecté aussi longtemps de la réalité. Que m’avait donc fait ce vieux bonhomme ?

- Euh… C’était quoi ce truc, Yahuengo ? Qu’est-ce que tu m’as fait prendre ?
- C’est du Jaghé additionné à d’autres choses.
- Du quoi ?

Le vieil homme s’assit près de moi et me tendit un verre d’eau fraîche que je bus avidement, ainsi qu’une bassine. Avant que je lui en demande la raison, de violentes nausées s’emparèrent de moi et la bassine en fut bientôt remplie…

- Le Jaghé nous sert à communiquer avec les esprits, il nous permet également de savoir. Tu avais besoin de réponses, ton voyage t’aura permis de les trouver.
- Mais c’est quoi exactement, ton truc ?
- En général, nous ne nous servons que d’une liane bien particulière. Dans ton cas, j’y ai ajouté un peu de datura et du peyotl afin que tu aies le plus de réponses possibles dans le court laps de temps qui t’était imparti. Maintenant, tu dois te reposer, une longue route t’attend mon ami.

Je n’eus pas le temps de lui demander ce qu’il entendait par-là que je tombais à nouveau dans un profond sommeil…

Yahuengo m’avait raccompagné à Tijuana ce matin et m’avait déposé devant une pension de famille. Je m’étais attaché à cet étrange vieillard, même si je n’avais pas vraiment apprécié qu’il m’ait drogué à mon insu. Quand je pense que le pire que j’avais fait jusqu’à présent était d’avoir fumé un pétard…
Il me fit une franche accolade que je lui rendis, me demandant silencieusement si je le recroiserais un jour.

- On ne sait jamais, mon jeune ami, tout est possible… Prends soin de toi et des tiens maintenant, ne te préoccupe pas de moi. Adieu !

Il remonta sur son âne et reprit la route ; je le suivis des yeux jusqu’à ce qu’il disparaisse au loin, qu’il ne soit plus qu’un infime point à l’horizon, dans le soleil. J’entrais dans la pension et pris une chambre et après y avoir déposé mon sac, je descendis me balader.
Je n’arrêtais pas de penser à ce soit-disant voyage que j’avais fait grâce à lui et je n’en comprenais pas le sens. Tout ce que j’y avais vu me rattachait à Bella, et bien que ce soit ce que je désirais le plus au monde, je savais que c’était une chose impossible. Et puis, il me fallait bien admettre que j’avais eu une expérience hallucinatoire après avoir été drogué, rien de ce que j’avais « vu » n’était vrai ou réalisable, c’étaient de simples hallucinations… Je grognais et entrais dans la première boutique que je trouvais afin d’y acheter quelques bouteilles de tequila et de mezcal puis retournais dans ma chambre m’en mettre une sévère…puisque c’est la seule chose réelle que je sais faire depuis cette nuit, me complaire dans cet idéal alcoolique… Elle ne serait jamais à moi, elle avait sa vie de famille à construire maintenant, avec le père de son enfant…j’en ai des nausées, rien que d’y penser…
Je ressortis de ma chambre à la nuit tombée, complètement torpillé par tout ce que j’avais picolé dans la journée. Faut dire aussi que je n’avais pas bu une seule goutte tant que j’étais avec le vieux bonhomme et les trucs qu’il m’avait fait fumer et ingérer devaient également jouer sur ma perception des choses… C’est en titubant dangereusement et rigolant de mon état que j’entrai dans un bar, attiré par les accords de guitare qui en provenaient. Je m’accoudais au comptoir et commandais une tequila, me demandant qu’elle serait ma prochaine proie pour la nuit. Ce soir, je me sentais en forme et j’espérais sincèrement que ma libido ne me laisserait pas tomber cette fois-ci… Mon regard tomba sur une petite brunette, au visage en forme de cœur qui me rappelait étrangement celui de… Edward, stop ! Je dus fermer un œil pour espérer voir cette femme à peu près clairement, bien que sa forme soit très, très trouble, quand elle n’était pas en double, voir triple exemplaire… Elle avait une quarantaine d’années bien tassé, mais elle était encore bien gaulée et sacrément bandante pour son âge. Toi ma mignonne, ce soir tu passes à la casserole… Je m’approchais d’elle et passais un bras autour de ses épaules.

- Eeeeeeh ! Sa-sa-saluuuuut ma joliiiiiiiie !

Je vis ses lèvres remuer mais je n’y comprenais rien, la musique allait tellement fort !

- Tu-tu-tu viens ? On-on vaaa chez touaaaa ou ché-chez mouaaaaa ?

Ses lèvres continuaient à remuer et ses yeux lançaient des éclairs. Je lui passais la main aux fesses, elles étaient fermes, et je me pris une beigne monumentale.

- Eeeeeh ! Cé-cé-c’est pa-pas la p-p-peine de faire ta sainte nit-nitouche !

Une main ferme se posa sur mon épaule et m’obligea à me retourner, tandis qu’une voix masculine et grave emplissait mes oreilles.

- …Ward ! EDWARD ! Mais qu’est-ce qu’il t’arrive bon sang ?


POV Bella :


Cela faisait maintenant un mois et demi qu’Edward avait disparu. Personne ne l’avait vu depuis qu’il avait quitté précipitamment sa maison, un sac à dos jeté sur les épaules et son passeport à la main. Je me rappellerai toujours de l’intense vague de désespoir qui m’avait submergée lorsque la bande s’était réunie autour de mon lit, à l’hôpital…

Flashback :

Je ne comprenais pas ce qu’il se passait… L’instant d’avant, il était là, voulant apparemment me parler, puis quelques secondes plus tard, il avait disparu. Lorsqu’Emmett me rapporta leur conversation, c’est là que je compris : il avait surpris la conversation avec Garrett, surtout vu le baiser et avait mal interprété les paroles échangées, persuadé que j’étais enceinte du pédiatre… Je ne sais pas ce qu’il s’était vraiment passé ensuite, je me rappelle seulement qu’il y avait eu beaucoup de cris entre Garrett, Jasper et Emmett… Garrett. Mais pourquoi ai-je répondu à ce baiser alors que je n’en avais pas envie ? Lorsque j’avais repris connaissance, Garrett n’était plus là et Rosalie, Alice, Tanya ainsi que la blonde qui était partie avec Edward, la veille, étaient dans ma chambre… Mais qu’est-ce qu’elle foutait là, celle-là ? Elle venait me narguer, hein ! C’est ça…

- Bella ? J-je m’appelle Kate, et avant que tu ne te fasses de fausses idées, je préfère t’apprendre qu’il ne s’est rien passé entre Edward et moi. J-je suis désolée pour hier, je ne savais pas. Tout ce que je peux te dire, c’est que vous avez un gros contentieux à régler tous les deux et qu’il est fou de toi.

Je regardais cette fille que je ne connaissais ni d’Eve, ni d’Adam et qui avait l’air profondément concernée par tout ce qu’il se passait entre Edward et moi, comme si elle souffrait pour nous. Je ne savais pas quoi lui répondre alors je lui fis un bref signe de tête, espérant qu’elle ne s’en formaliserait pas.
Je regardais ensuite les visages des autres, ils avaient tous cette expression peinée et inquiète dessinée sur le visage. C’est là que j’appris qu’Edward avait quitté sa maison, que Kate et Tanya, une fois mises au courant de la situation, avaient tenté de le stopper dans son élan, mais il ne les avait pas écoutées et était parti en donnant ses clefs à Kate et en jetant son téléphone portable dans la rue…
Je vis alors la pièce et la bande tournoyer autour de moi et me réveillais deux jours plus tard.

Fin flashback

Pendant un peu plus de trois semaines, Edward avait contacté Kate de temps à autre en lui disant qu’il reviendrait une fois qu’il s’en sentirait capable. D’après ce qu’elle avait compris, il était à l’étranger, et loin d’être sobre… Je sentais qu’elle me cachait quelque chose, mais elle me disait constamment que je me faisais des idées. Depuis maintenant trois semaines, Edward ne l’appelait plus, nous n’avions donc plus aucune nouvelle et je ne pouvais m’empêcher de m’inquiéter pour lui, ça me rongeait jusqu’au sang…
Kate était une fille très sympa et très gentille en fait. Elle m’avait raconté pourquoi elle avait fini dans les bras de… dans ses bras, et j’en étais triste pour elle, même si une part de moi en était terriblement jalouse. Elle m’expliqua alors que si elle se démenait autant pour lui et moi, c’est parce qu’elle voyait bien à quel point nous nous aimions et qu’elle refusait qu’un lien aussi fort soit brisé à cause de stupides malentendus…
Un lien fort, j’aurai aimé y croire… J’aurai pu y croire s’il n’était pas parti, s’il n’avait pas coupé les ponts avec nous tous… enfin, hormis Kate, qui, pour lui, était la seule personne qui ne soit pas impliquée dans sa folie…
Si son départ m’avait détruite, la disparition d’Edward m’avait complètement anéantie…
Je ne dormais plus, effrayée par les cauchemars qui m’envahissaient une fois que mes yeux se fermaient, et j’étais angoissée de ne pas savoir où Edward se trouvait et s’il allait bien… J’avais peur pour lui, mais surtout, j’étais terrorisée à l’idée de ne plus jamais le revoir… Toutes ces pensées et émotions négatives n’étaient bonnes ni pour moi, ni pour les bébés. J’avais donc été forcée, à la fois par mon médecin traitant, mon gynécologue, ma sage-femme de meilleure amie et la bande, de me mettre au vert, il fallait absolument que je me détende et la ville n’était apparemment pas ce qu’il y avait de mieux pour ça. Un matin, Emmett avait débarqué en rogne dans mon appartement, avec Rosalie et Alice qui s’étaient empressées d’aller faire mes valises, puis il m’avait emmenée jusqu’à Forks, chez mon père, tout en me prévenant que je devais voir le sien tous les deux jours, à l’hôpital. Emmett m’avait également assuré que son père ne savait pas que j’étais enceinte de ses futurs petits-enfants…
Résultat, cela faisait exactement une semaine que j’étais coincée dans ce trou perdu, à tourner en rond, tandis que Charlie passait son temps à me cocooner et à râler, à la fois heureux de devenir prochainement grand-père, mais acceptant très mal l’idée que sa petite fille chérie devienne mère-célibataire… Quoique, j’étais sûre et certaine que c’étaient les futurs ragots qui allaient courir sur mon compte que mon père ne supportait pas !
Charlie avait pris quelques jours de congés afin de s’occuper de moi, que je me fatigue le moins possible, mais surtout, il me torturait chaque matin en m’obligeant à grimper sur la balance pour contrôler ma prise de poids... Il refusait également que je fasse la cuisine, demandant à une vieille amie de la famille, Sue Clearwater, de passer. Je soupçonnais qu’il y avait quelque chose entre eux, mais Charlie n’avouerait jamais, il était bien trop pudique sur sa vie privée !
En me réveillant ce matin, le soleil filtrait à travers les volets.
Le soleil, un phénomène tellement rarissime à Forks que je comptais bien en profiter et passer la journée dehors ! Je me levais, pris un petit-déjeuner copieux, passais sous la douche, me lavais les dents et m’habillais, revêtant un bikini bleu nuit, un short en jeans délavé, un débardeur noir et une petite veste en jeans, avant de descendre préparer quelques sandwiches. Mon père arriva alors que je laçais mes chaussures de marche, sa canne à pêche à la main et son chapeau remplit de mouches et cuillères sur la tête. Il s’approcha de moi et m’étreignit brièvement.

- Bella ? Qu’est-ce que tu fais, ma chérie ?
- Pas grand chose Char… papa ! Il fait beau, j’ai envie de sortir et…
- Bella ! Tu sais ce qu’ont dit les docteurs Cullen et Gerandy ! Tu dois te reposer au maximum et faire le moins d’efforts…
- Efforts physiques, papa ! Là je vais seulement faire un peu de marche et ensuite me poser avec un bon livre.
- Tu vas où ?
- Hmmm… Je pensais aller à la clairière. C’est calme, personne ne va jamais là-bas et…
- Je ne suis pas rassuré, Bella ! Il y en a pour plus d’une heure de marche et dans ton ét…
- Je ne suis pas malade, papa, je suis enceinte ! Prendre l’air me fera le plus grand bien et…
- Et s’il t’arrive quelque chose ? Les téléphones portables ne passent pas ! Je viens avec…
- NON ! Ecoute papa… Je sais que tu t’inquiètes pour moi, mais je vais bien ! Et… j’ai besoin d’être un peu seule, tu comprends ? Occupes-toi de nous remplir le congèl pour dix ans, ok ?
- Hmpf… d’accord. Mais prends au moins un talkie-walkie avec toi, on ne sait jamais…
- Pap…
- Pour rassurer ton vieux père, Bella ! J’emmène le mien aussi.
- D’accord…

De toute façon, si je voulais avoir la paix, ce n’était pas la peine de discuter ! Charlie grommela quelques instants puis fila dans son bureau pour y prendre le talkie-walkie pendant que je préparais un sac à dos. J’y enfouis un thermos de café –enfin du déca- deux bouteilles d’eau, quelques sandwiches, des biscuits, quelques livres ainsi qu’un pullover bien épais, un pantalon en toile et un coupe-vent. On ne sait jamais, le temps pouvait très bien –et très vite- changer…
Alors que j’avais l’habitude de m’en servir depuis mon plus jeune âge, Charlie m’expliqua comment se servir d’un talkie-walkie et j’avais l’impression d’avoir cinq ans à nouveau. Je montais en voiture avec lui et il me déposa à l’orée de la forêt avant de prendre la route de la Push après qu’il m’ait fait promettre de me trouver au même endroit, ce soir, à dix-huit heures pile. Mouais, j’avais définitivement cinq ans à nouveau…
Je marchais lentement en prenant garde à ne pas trébucher et finis par arriver à la clairière après deux heures de marche, trempée des pieds à la tête ! Je m’extasiais devant la beauté sauvage de ce lieu. La clairière était parfaitement ronde, recouverte d’un tapis de fleurs jaunes, blanches, violettes et bleues et un cours d’eau la traversait au nord, formant comme une espèce de petite plage d’herbe, de fleurs et de cailloux. J’allais m’asseoir au bord du ruisseau qui serpentait à travers cet espace de verdure et me passais un peu d’eau fraîche sur le visage. Ma clairière… Je n’avais jamais emmené personne ici, c’était mon petit coin de paradis à moi, mon jardin secret.
Je transpirais comme une dingue après tous ces kilomètres et comme il faisait assez chaud en ce début de printemps, j’enlevais mon teeshirt afin de le faire sécher sur une grosse pierre plate et restais donc uniquement vêtue de mon short en jeans et de mon haut de bikini. J’enlevais mes chaussures de marche et mes chaussettes, puis trempais mes pieds dans le torrent, appréciant le contraste entre la chaude caresse du soleil sur ma peau et la fraîcheur de l’eau sur mes pieds et mes jambes.
Les loulous dansaient la samba dans mon ventre, ils me donnaient tous les deux des coups de pieds, quoique bébé A était plus agité que bébé B ! Comment ça bébés « A » et « B » ? Je ne connaissais toujours pas le sexe des enfants, je voulais encore attendre un peu avant de le savoir, et je n’avais, de ce fait, pas encore réfléchi aux prénoms… ce que j’aimerais faire avec Edward… Mon estomac se mit à gronder bruyamment et les vibrations avaient dû surprendre les jumeaux qui se remirent à courir un marathon ; je me jetais sur mon sac et dévorais trois sandwiches poulet/crudités, je crevais littéralement de faim, puis mangeais des chips et bus un café. Une fois mon repas terminé, je levais mon visage, contemplant le ciel d’un profond bleu et les quelques nuages moutonneux en rêvassant. Une main posée sur mon ventre qui commençait à s’arrondir timidement, je caressais doucement mon petit bidon en imaginant les jumeaux… Je n’avais pas de préférence, garçon ou fille, je m’en fichais éperdument, mais je ne souhaitais qu’une chose, qu’ils ressemblent à leur père, qu’ils aient tous deux ses splendides yeux d’un intense vert émeraude et cette même tignasse auburn et cuivre. Je souriais béatement en les imaginant parfaites reproductions miniatures d’Edward… Je m’imaginais ici, avec lui et nos enfants, quelques années plus tard… Edward… Il ne quittait jamais mes pensées au point que j’étais persuadée de le sentir près de moi…


POV Edward :

Hmpf… saloperie de soleil !
Pour une fois que je dormais bien, d’un sommeil dépourvu d’angoisses, il a fallu que le soleil pointe le bout de son nez à travers les volets et me chatouille les yeux…
Je grognais, ennuyé par un rayon qui caressait mon visage et me couvris les yeux d’un bras, marmonnant un tas d’insultes à l’intention de l’astre diurne qui m’avait arraché de ce rêve si vivace que je venais de faire… Elle ne quittait jamais mes pensées, et encore moins mes rêves… Bella.
Je restais encore cinq minutes à glandouiller dans mon lit puis jetais un bref coup d’œil au réveil, il était un peu plus de neuf heures. Je me levais rapidement et passais à la salle de bains pour me rafraîchir légèrement le visage afin de m’éclaircir les idées puis retournais dans la chambre et ouvris les volets. Un soleil éclatant illuminait le ciel d’un bleu profond dépourvu du moindre nuage. Ciel bleu et soleil, un phénomène rarissime à Forks !
Je descendis les marches quatre à quatre et me rendis dans la cuisine afin de me servir un café et croisais ma mère qui m’accueillit avec un petit sourire.

- Salut m’man !
- Bonjour mon grand, tu as bien dormi cette nuit, mon chéri ?
- Hmmm…

Je m’assis sur une chaise devant un grand bol de kawa fumant que ma mère venait de poser devant moi, tandis qu’elle me frottait les épaules d’un geste qu’elle espérait réconfortant. Je l’entendis trifouiller dans un tiroir puis quelques secondes plus tard, elle déposa une collection de cachets devant moi.

- Tiens mon chéri, ton père vient de changer ton traitement. N’oublie pas de bien le prendre, d’accord ? Tu sais que tu en as besoin
– Bien sûr que non, je n’ai pas besoin de ça !

Je commençais franchement à m’énerver, je n’avais pas besoin de tous ces cachetons, j’avais simplement besoin qu’on me foute la paix…et non de tous ces discours moralisateurs.

- Edward, s’il te plait… Si tu ne le fais pas pour toi, fais le au moins pour ton père et moi !
- Oui m’man…

Ma mère avait les yeux brillant et s’il y a bien une chose dont je voulais me passer, c’était de la voir pleurer… Je soufflais lourdement et avalais rapidement les pilules qui se trouvaient devant moi sous le regard scrutateur d’Esmée. Elle me sourit et tapota ma joue lorsqu’elle me vit déglutir, tandis que je me renfrognais. Je détestais ce qu’ils me forçaient à avaler, tout ce que je voulais c’était qu’on me foute la paix…
Je retournais dans ma chambre et me jetais sur mon lit, repensant à la raison de mon retour dans cette petite bourgade ennuyeuse et de cette médication forcée… Cela faisait une petite dizaine de jours que j’étais revenu ici, étroitement surveillé par mes parents qui m’avaient retrouvé complètement fracassé dans un bar de Tijuana… Je me rappelais les circonstances de mon retour « catastrophe », envahi par la honte… Vous avez déjà eu envie de vous enterrer au fin fond d’un trou ou de devenir complètement invisible pour échapper à la honte ? Moi oui. Depuis une dizaine de jours d’ailleurs… Depuis que j’avais connu LA honte de ma vie…
Lorsque ce vieux shaman, Yahuengo, m’avait ramené à Tijuana, mon premier réflexe avait été d’acheter un stock d’alcool que je m’étais avalé sur la journée. Le soir, j’étais entré dans un bar, espérant lever un joli p’tit lot, et alors que j’étais beurré comme un p’tit lu, j’avais dragué une nana, une jolie quarantenaire, espérant un temps oublier ma Bella dans ses bras. Si j’avais su, je n’aurais pas bu ou alors, je n’aurais pas dragué cette femme. Pourquoi ? Vous allez rire…
Vous vous rappelez cette jolie petite brunette d’une bonne quarantaine d’années ? Oui ? Ben… c’était ma mère. Ouais, j’étais tellement bourré que je n’avais même pas reconnu ma propre mère et que je l’avais draguée ouvertement !
Je ne me rappelais plus vraiment ce qu’il s’était passé ensuite, mais le lendemain matin, je m’étais éveillé dans une chambre inconnue et alors que j’essayais de me rappeler les circonstances qui m’avaient amené dans cette chambre, je vis mon père, endormi, assis sur une chaise juste à côté de moi. Lorsqu’il s’était réveillé et que son regard s’était posé sur moi, j’y avais lu peine, incompréhension et déception et je ne savais pas pourquoi… enfin, à ce moment-là. Carlisle m’expliqua qu’il avait voulu faire une surprise à ma mère pour leur anniversaire de mariage et il l’avait emmenée au Mexique. Lorsqu’ils m’avaient trouvé dans ce bar, cela faisait seulement trois jours qu’ils étaient là. Lorsque mon père avait vu un homme draguer sa femme, il avait été furieux et voulait lui apprendre à vivre, mais lorsqu’il s’était aperçu que c’était moi, il n’avait rien compris… Il avait bien vu que j’étais ivre et pensais que je voulais seulement m’amuser, mais après avoir appelé Emmett pendant que je dormais, il avait appris que je ne faisais plus que ça depuis quelques mois : picoler, glander et détruire mon existence et celle des autres.
J’avais eu droit à un interrogatoire digne du temps de l’Inquisition voire de la Gestapo « pourquoi tu bois ? » ou encore « et ça t’apporte quoi ? » et aussi « tu ne te rends pas compte que tu te détruis ? » et blablabla… et blablabla… Puis j’avais fini par fondre en larmes dans ses bras et lui expliquer que je buvais pour oublier la femme de ma vie, celle que je n’aurai jamais, celle sans qui je n’arrivais pas à vivre… Il pensait que je lui parlais de Jessica. J’avais oublié que la dernière fois où nous avions réellement parlé, je lui avais annoncé que je souhaitais demander Jess en mariage. Alors je lui ai tout dit. La façon dont Bella et moi nous étions rencontrés, les sentiments obsessifs que j’éprouvais pour elle, tous ces malentendus qui nous avaient constamment séparés mais surtout, la façon dont j’avais tout gâché, inconsciemment, mais que dans un sens, ce n’était pas plus mal puisqu’elle avait sa vie à vivre, mais pas avec moi… Mon père était vraiment triste pour moi et ma mère… Ben… ma mère avait des envies de meurtre à l’encontre de Bella pour tout le mal qu’elle m’avait fait. J’avais beau lui dire que ce n’était pas de sa faute, ma mère n’en démordais pas…
Avant même que je ne m’en aperçoive, j’étais dans un avion pour retourner dans l’état de Washington et le lendemain, je m’éveillais dans mon ancienne chambre d’ado chez mes parents. Mon père m’avait empêché de sortir pendant une semaine et avait vidé le bar, il n’y avait plus une seule goutte d’alcool chez eux, pas même une bière. Il est allé jusqu’à vider les flacons de parfum et balancer l’antigel ! Et je me retrouvais avec une collection de cachetons pour passer le sevrage à peu près tranquillement. D’après lui, j’avais eu beaucoup de chance de ne pas faire une crise de delirium. Ouais, super ! Par contre, les insomnies et les angoisses, je m’en passerai bien… Mon père était devenu fou lorsque j’avais refusé qu’il me traite à l’espéral puisqu’on ne doit surtout pas boire une seule goutte avec ce médicament, les conséquences seraient vraiment désastreuses. Moi, tout ce que je voulais, c’était qu’on me foute la paix… et aussi un bon cognac avec mon café…
Je me passais les mains sur le visage afin d’essayer de me débarrasser de toutes ces idées puis passais à la salle de bains prendre une douche. Il faisait beau aujourd’hui et j’avais envie de prendre l’air. J’enfilais un teeshirt et un bermuda puis descendis me préparer quelques sandwiches. Mes parents arrivèrent tandis que je remplissais un sac à dos avec de l’eau, du café glacé, des chips et mes casses-dalle.

- Edward, tu fais quoi ?
- Il fait beau, j’ai besoin de sortir me changer les idées.
- Tu veux aller où, Edward ?
- C’est bon papa, c’est pas la peine de me fliquer ! Je vais juste à la clairière…

Mes parents échangèrent un regard amusé, ce qui me surprit, puis mon père se tourna vers moi, un sourire entendu aux lèvres.

- C’est une excellente idée, fils. Je suis sûr que ça te fera le plus grand bien !

Je regardais tour à tour les sourires idiots qu’ils avaient aux lèvres puis une idée finit par germer… Tu m’étonnes, c’est surtout à eux que ça fera le plus grand bien d’avoir la maison vide ! Un frisson parcourut mon corps à l’idée de ce que mes parents pourraient faire une fois que je serai parti- beurk ! y’a rien de pire que d’imaginer ses parents au pieu !
Je filais de la maison sans demander mon reste et commençais à courir en direction de mon petit coin de paradis. Après une petite heure de marche, je finis par arriver et m’aperçus avec stupeur et ravissement que je n’étais pas seul…




* shilom : pipe conique utilisée pour fumer de l’herbe.

dimanche 7 mars 2010

4 - ... et qui ont de lourdes conséquences...

POV Edward :

Elle va se marier…

Prononcer ces quatre mots à voix haute me fit encore plus mal que je ne le croyais. Cela annihilait la magie du fantasme dans lequel je m’étais consciemment enfermé depuis quatre mois. Le charme était rompu, il me fallait admettre une bonne fois pour toutes la vérité, Bella ne sera jamais à moi… Alors pourquoi était-il si difficile d’accepter la réalité ? Pourquoi continuer à me torturer de la sorte ? J’étais définitivement devenu masochiste et fou à lier…
La voix de Kate me ramena brutalement à la surface.

- QUOI ? C’est quoi ce délire ?

Ses grands yeux noisettes étaient emplis de compassion et d’inquiétude à mon sujet.
Je lui rapportais alors les évènements dont j’avais été témoin la veille et m’excusais également de m’être jeté sur elle comme je l’avais fait. Sont-ce la jalousie et la fureur qui m’avaient poussé à réagir de la sorte ? Je n’en savais rien, mais Kate ne méritait pas que je l’utilise ainsi. Alors que j’allais boire au goulot, elle posa sèchement un verre sur la table puis me regarda brièvement en haussant un sourcil.

- Ça fait moins poivrot si tu bois dans un verre !

- Bah tiens ! Y’a une demi-heure tu m’engueulais parce que je picolais, et maintenant c’est toi-même qui m’incites à boire ? T’es montée à l’envers ou quoi ?

- Ah ! Ah ! Non, non, t’inquiète ! Tout tourne à peu près rond chez moi ! C’est juste que… Bah ! Je ne suis ni ta mère, ni ton médecin, alors j’ai pas à te dire c’que tu dois faire où pas ! Mais… Personnellement, je comprends pourquoi tu te torches alors je ne dirais rien, même si j’en pense pas moins…

Elle avait un petit sourire triste aux lèvres et son regard reflétait son sourire, la tristesse. Ses yeux, si semblables à ceux de ma Bel…

- Pfff… Faut que je me change les idées… Tiens, parle-moi de toi !

Elle sembla surprise mais se prêta au jeu sans sourciller.

- Ben… Comme tu le sais, je m’appelle Kate, j’ai 22 ans et je suis infirmière. Ça fait environ 3 mois que j’ai débarqué ici à Seattle et je commence à l’hôpital la semaine prochaine !

- Ah ouais ? T’es venue pourquoi à Seattle, sans indiscrétion ?

- Euh… Et bien je… j’ai suivimonfiancé…

- Tu peux répéter s’il te plait ? J’ai pas tout compris, là.

- J-J’ai suivi mon fiancé…

- QUOI ? T’as un mec dans ta vie et tu m’as suivie hier soir ? Mais t’es complètement barje, ma parole !

- Eh Mister 2 de tens’, j’t’ai rien demandé hein ! Alors si tu veux savoir, oui j’ai quelqu’un dans ma vie. Enfin, je crois… Laurent et moi, ça fait un peu plus de 4 ans qu’on est ensemble et depuis qu’on est venu ici, plus rien ne va…

Une profonde mélancolie envahit son regard puis, comme je l’avais fait pour mon «histoire» avec Bella, Kate me raconta la sienne.

Laurent et elle s’étaient rencontrés à New-York, au lycée alors qu’ils entraient en seconde. Ils s’étaient cherchés pendant un peu plus d’un an et avaient commencé à sortir ensemble vers la fin de leur année de première. Depuis, ils ne s’étaient plus quittés. Kate avait été reçue haut la main à l’école d’infirmières de New-York et Laurent était entré à l’école de journalisme. Il avait toujours rêvé de devenir journaliste sportif et y était parvenu. Ils étaient tout ce qu’il y a de plus heureux jusqu’à ce que Laurent accepte une place à Seattle. L’occasion était magnifique, le Seattle Post offrait à Laurent la place qu’il convoitait depuis toujours, avec un salaire assez conséquent. Kate n’ayant pas terminé sa dernière année, elle était restée à New-York seule pendant 4 mois, pendant lesquels Laurent venait la voir le week-end. Au bout de trois mois, Laurent commençait à avoir un comportement assez étrange. Alors qu’ils entretenaient une relation fusionnelle, il se mettait à être assez froid avec elle. Kate avait mis ça sur le compte de l’éloignement, le vivant mal de son côté également. Une fois son diplôme d’infirmière en poche, Kate avait naturellement rejoint Laurent à Seattle, pensant que tout redeviendrait comme avant. Malheureusement, Laurent était de plus en plus distant avec elle, rentrait souvent très tard le soir, voir parfois pas du tout et était plus que vague dans ses explications.
Des larmes commencèrent à perler aux coins de ses yeux et je lui tapotais l’épaule dans un geste qui, je l’espérais, passait pour réconfortant.

- Et… Euh… Qu’est-ce qui t’as poussée à me suivre hier soir, Kate ?

- J… On devait sortir tous les deux hier soir, et au dernier moment, il m’a appelée en prétextant une réunion de dernière minute. Comme une conne, j’y ai cru ! Alors j’ai appelé des amies pour prendre un verre, elles m’avaient donné rendez-vous au Twilight. En allant au piano-bar, je suis passée devant un restaurant et je l’ai vu… Il était avec sa collègue Irina, seul. Et les regards qu’il lui lançait… Ce genre de regards m’étaient encore réservés, il y a quatre mois…

- Mais c’est peut-être un malentendu ! Peut-être qu’ils dînaient simplement en parlant boulot, non ? Tu as vu s’il se passait quelque chose entre eux ?

- Non… Je ne suis pas restée non plus pendant des heures à les regarder s’observer dans le blanc des yeux. Mais… Je sais qu’il y a quelque chose avec cette fille… Je le sens… Tu trouves ça normal, toi, que ton fiancé ne te touche plus ? Qu’il râle lorsque tu es tendre avec ? Non, ce n’est pas normal. Nous n’avons pas fait l’amour depuis que je suis à Seattle. Pour un peu, je penserai que j’ai la gale ! Et… quand je suis invitée à une soirée organisée par le journal ou que j’y passe simplement pour le voir, je remarque bien les petits gestes qu’ils ont l’un envers l’autre… Mais… Ce qui m’a poussée à me poser des questions, ce sont les regards compatissants et emplis de pitié de ses collègues … Alors quand je les ai vus, hier, j’ai vu rouge, j’ai bu, beaucoup et… Ben quand tu m’as attrapé le bras, j’ai pas réfléchi, j’ai voulu me venger et tu m’offrais une occasion en or… Tu vois, moi aussi dans un sens je me suis servie de toi, on est quitte, comme ça !

- Mouais… On fait une belle brochette surtout !

J’avais mal au cœur pour Kate… Alors que moi je souffrais mille morts à cause d’un amour illusoire, elle souffrait de voir son fiancé lui échapper un peu plus chaque jour. Je n’avais plus qu’une envie, en cet instant, trouver ce Laurent et lui dire le fond de ma pensée. Kate était une fille extraordinaire, mignonne, pleine d’humour, loin d’être une idiote… bref, le genre de nana que tout mec normalement constitué rêverait d’avoir. Et cet abruti ne trouvait rien de mieux qu’aller voir ailleurs ! J’étais dégoûté…
Kate me demanda si elle pouvait se prendre une douche et je lui montrais la salle de bains. Comme elle faisait à peu près la même taille que Rosalie, je pris un slim et une tunique – enfin je crois- dans les affaires de ma future belle-sœur pour les passer à Kate. En parlant de Rose, je trouvais ça vraiment bizarre qu’Emmett et elle ne soient toujours pas rentrés… J’appelai mon frère, et au bout de deux sonneries, je fus basculé sur la messagerie.

Allô ! Allô ! Allô ! Et ben non ! C’est l’répondeur !
J’suis pas là, alors laissez un message !


Emmett devait sûrement être au volant, il détestait répondre au téléphone en conduisant… J’appelai donc Rose et fus également basculé sur la messagerie après une sonnerie…

Bonjour ! Vous êtes bien sur le répondeur de Rosalie,
je ne suis pas disponible pour le moment, merci de laisser un message après le bip.

Mouais… Apparemment, Emmett ne conduisait pas… Ils avaient sûrement mieux à faire ces deux-là ! Peut-être baptiser le nouveau 4X4 de mon frère… Ouais, sûrement!
Kate sortit de la salle de bains et me trouva planté devant le téléphone.

- Merci pour la douche ! Bah, qu’est-ce que tu fais ? Tu comptes fleurette au téléphone ?

Elle me fit un petit clin d’œil malicieux et je ne pus m’empêcher de rire, enfin… ça se rapprochait plus d’une toux mélangée à un bruit de casserole. Putain, c’que ça fait du bien ! En 4 mois, cela ne m’était plus arrivé, ça me fit même bizarre de rire, j’avais l’impression que ça sonnait faux… J’en avais perdu l’habitude…
Apparemment, je devais faire une drôle de tête car Kate m’observait d’une étrange manière.

- Pourquoi tu as l’air à la fois crispé et étonné, Ed ?

- Ben… Parce que j’ai ri…

Les yeux lui sortirent de la tête puis elle explosa d’un rire tonitruant.

- Quoi ? Ne me dis pas que tu n’as jamais ri, je ne le croirai pas !

- Je n’ai pas dis ça, Kate… Simplement que… J’en avais perdu l’habitude, ça fait…

- Mouais, pas la peine de m’en dire plus, j’ai compris… Tu n’as pas rigolé depuis ce jour, hein ?

Je hochais la tête brièvement avant d’essuyer discrètement quelques larmes en passant les mains sur mon visage et dans mes cheveux, mais comme elles menaçaient de me trahir dans un avenir très proche, je prévins Kate que j’allais prendre une douche.

C’est grave ! V’là que j’me transforme en gonzesse chialeuse en prime ! Pathétique…

L’eau chaude m’apaisa légèrement et je restais sous la douche jusqu’à ce que le ballon d’eau chaude soit complètement vide. Je me séchais et m’habillais rapidement avant de rejoindre Kate qui était dans la cuisine. Nous discutions depuis un petit moment lorsqu’elle m’avoua qu’elle n’avait pas envie de rentrer tout de suite et rejoindre son fiancé.

- C’est pas que ça me dérange, Kate. Si tu veux rester ici à écouter les déplorables lamentations d’un pauvre mec pathétique, ça m'dérange pas, mais… Laurent ne va pas s’inquiéter s’il ne te voit pas rentrer ?

- Je ne pense pas… Il n’a même pas appelé pour savoir pourquoi j’ai découché hier soir ! J’ai voulu le joindre lorsque je suis montée prendre ma douche, mais il ne répondait pas !

- Euh… Tu n’essaierais pas de le rappeler ? Peut-être qu’il n’est pas arrivé à temps avant de décrocher ! Ou il a peut-être oublié son téléphone ! Tu lui as laissé un message ?

Elle secoua la tête brièvement en signe de dénégation puis sortit son portable de sa poche. Lorsque je vis qu’elle allait contacter son fiancé, je pris le café que je venais de me servir et allai dans le salon pour lui laisser un peu d’intimité, mais Kate n’y fit pas attention et se baladait partout pendant sa conversation.

- Mon amour ?
- …
- Oui, c’est moi ! Pourquoi, tu connais beaucoup de femmes qui t’appèlent « mon amour » ?
- …
- Non, tout va bien. J’ai juste fait la fête avec des copines hier soir et j’ai un peu trop bu, alors je suis restée sur place. Tu ne m’en veux pas ?
- …
- Ah bon ? Comment ça se fait ?
- …
- Vous avez des réunions la nuit aussi, maintenant ? Mais bien sûr !
- …
- Non, y’a pas de « Kate arrête de te faire des films » ! T’es jamais là ! Et quand tu daignes rentrer à la maison c’est pour regarder la télé ou pioncer !
- …
- Merde Laurent ! Arrête ça ! Au fait, t’étais où hier soir ?
- …
- Hein, hein… Et vous étiez nombreux au bureau ?
- …
- C’est bizarre parce qu’à l’heure où tu étais en réunion avec tes collègues, au bureau, j’ai vu ton sosie et celui d’Irina au « New Moon »…
- …
- Quoi ? Te fous pas de ma gueule, Laurent ! Je sais ce que j’ai vu ! Je…
- …
- Ouais bien sûr… C’est ça, on en discutera plus tard et comme d’hab’, tu te défileras… Allez va bosser ! Ciao !

Kate raccrocha rageusement son téléphone avant de se laisser tomber à genoux et de fondre en larmes. D’après le peu que j’avais compris, son fiancé lui mentait ouvertement… J’en étais malade de voir cette fille si gentille se faire manipuler par ce mec. Je ne connaissais pas Kate, hormis le peu d’informations que nous avions échangé, mais elle ne méritait pas ça…
Je m’approchais d’elle lentement et lui tendis une main pour l’aider à se lever ; elle la prit et se laissa faire. Je lui tapotais le dos quelques instants avant de la traîner dans l’entrée.

- Q-q-qu’est-ce que t-tu f-f-fais Ed ?

Elle sanglotait tellement que ses propos étaient à moitié compréhensibles.

- Allez viens, je connais le remède miracle pour les peines de cœur !

- Ta-ta-t’as entendu no-notre con-conversation ?

- Euh… Oui… Je ne t’espionnais pas mais… Quand tu téléphones, évite de te balader partout si tu ne veux pas qu’on t’écoute !

- Il-il-il m’a mentiiiiiii !

Ses pleurs redoublèrent et je la pris dans mes bras tout en nous balançant de droite à gauche. C’était… bizarre de l’avoir dans mes bras, ce n’était pas sa place… Non, c’était celle de Bel… NON ! Stop Edward ! Elle va se marier, ne l’oublie pas…

- Ssssssssh Kate… Allez viens, on y va.

- Où ça ? Pour faire quoi ?

- Au Twilight, s’en mettre une sévère ! Tu verras, ça fait du bien parfois.

Je lui fis un clin d’œil et elle me rendit un sourire faiblard, mais un sourire tout de même, puis sécha ses larmes tant bien que mal.


POV Jasper :

SCHKLINGZPAF !

- Et merde !

Putain ! C’est le cinquième verre que je casse depuis que je suis arrivé et que j’ai commencé la vaisselle… Foutue tremblote et foutus nerfs à la con !
Pourquoi j’ai ouvert le bar déjà ? Ah ouais, Bella qui me l’a demandé, ou plutôt ordonné…

Il est hors de question que tu loupes le travail et une partie de ton chiffre d’affaire à cause de moi, Jazz. T’inquiète, ça va mieux maintenant… Et ta petite femme reste avec moi, ainsi qu’Emmett et Rosalie. Et Tanya travaille ici, donc je suis bien entourée, ne te fais pas de soucis, Jasper.

Bella… Qu’est-ce que j’ai pu flipper pour elle hier soir ! Je ne suis pas le seul d’ailleurs, toute la bande a eu la trouille de sa vie… La voir convulser et surtout tordue par la douleur à cause des contractions m’avait brisé le cœur et donné des sueurs froides. J’entends encore ses cris à l’hôpital… Pas mes bébés, pitié tout sauf ça ! Sauvez-les ! Par pitié, sauvez-les !
Je vois encore Emmett lui tenir la main en pleurant. Ça m’a fait tout drôle de voir cette montagne de muscles s’effondrer en larmes et pleurer comme une madeleine… On a tous chialé comme des gonzesses de toutes façons… C’est qu’on l’aime notre petite Bella…
J’entends encore les paroles du médecin qui l’avait prise en charge…

C’était juste, vraiment très juste, mais tout est sous contrôle maintenant. Nous allons la garder ici en observation pendant quelques jours pour surveiller les bébés. Nous l’avons déjà placée sous monitoring et je puis vous assurer que hormis quelques contractions de Braxton-Hicks, qui sont sans effet sur l’ouverture du col, Mademoiselle Swann et les bébés vont bien. Je ne vais pas vous cacher que sa faible tension nous préoccupe, mais elle devrait remonter rapidement avec le traitement adéquat. Cependant, il faudra absolument lui éviter toute situation de stress intense ou choc émotionnel. Si cela devait à nouveau se produire, je ne suis pas certain que cette demoiselle pourrait mener sa grossesse à terme. Et pour être tout à fait franc, elle n’est pas encore assez avancée dans sa grossesse pour que l’on puisse envisager un accouchement prématuré sans risques et séquelles pour les enfants…

Putain, je vais lui faire la peau à ce con quand j’le verrai ! Qu’est-ce qu’il lui a pris de faire ça ? Pourquoi ? Cet abruti a failli tuer ses propres mômes et ne le sait même pas ! Qu’est-ce qui a bien pu lui passer par la tête ?
Bella était déjà malheureuse comme les pierres, mais là, elle est carrément brisée… On dirait une coquille vide… Elle joue les dures devant nous, mais j’ai bien vu son regard cette nuit, mort… Un regard mort et une main fantomatique constamment posée sur son ventre, c’est seulement à ça qu’on voit qu’il y a toujours une petite étincelle de vie chez cette fille…
Ah ! Des clients arrivent, ça va me changer les idées ! En plus, ils s’installent sur les tabourets ! Génial, va falloir que je me tape la discute… Mais bon, ça me fera du bien de penser à autre chose…

- Bonjour M’sieur, dame ! Vous désir… Ah ! C’est toi.

Putain ! Cet espèce d’enculé a le culot de se pointer ici, avec sa pouffe ! Il se prend pour qui celui-là ? Heureusement qu’Emmett n’est pas là, ça ferait désordre deux meurtres dans mon bar…
Calmes-toi, Jazz… Calmes-toi…

POV Edward :

Une quinzaine de minutes après avoir décollé de chez moi, nous arrivions au bar.
Alors que je m’attendais à trouver la bande, il n’y avait que Jazz. Il ne nous avait pas vu entrer, occupé à nettoyer quelques verres et le comptoir. Nous nous installâmes sur des tabourets face à lui.

- Bonjour M’sieur, dame ! Vous désir… Ah ! C’est toi.

Alors que sa voix était on ne peut plus enjouée, elle devint impitoyablement sèche et rude lorsqu’il s’aperçut que c’était moi. Son regard azur si perçant et chaleureux en temps normal était froid et meurtrier lorsqu’il nous fixa, Kate et moi, l’un après l’autre. Jamais je n’aurai pu imaginer voir Jasper avec une mine aussi patibulaire, un regard aussi assassin et parler sur un ton aussi âpre.

- Vous voulez boire quoi ?

Kate blêmit en entendant la voix de Jazz et passa sa commande en bafouillant.

- C’est quoi ton problème, Jazz ?

- Un problème, Edward ? Mais il n’y a aucun problème, voyons ! Où vas-tu chercher ça ?

Il m’avait répondu d’un ton dégoulinant de cynisme à chaque syllabe et son regard mauvais était vrillé au mien.

- Putain Jazz ! Te fous pas de ma gueule ! Qu’est-ce qu’il y a ?

- Mais rien voyons ! Tout va parfaitement bien !

Il me lançait des regards dédaigneux et regardait Kate comme si elle n’était qu’une vulgaire saleté sur sa godasse. Je la vis frissonner, l’ambiance génialissime dans laquelle nous nous trouvions n’y était pas étrangère.
Jasper posa violemment un verre de whisky devant moi avant de retourner à l’essuyage de ses verres et de nous ignorer royalement…
Je me levais si brutalement de mon tabouret qu’il tomba lourdement au sol puis passais derrière le comptoir. J’attrapais le poignet de Jazz et le forçais à me faire face.

- Bordel Jazz ! Tu vas me dire ce qu’il se passe, oui ou merde ?

Il ouvrit des yeux stupéfaits avant que son regard ne redevienne glacial et je vis ses mâchoires se crisper furieusement à cause de la tension ; ses joues frémissaient légèrement, mauvais signe…

- Tu te fous de ma gueule Edward ! Tu oses demander ce qu’il se passe ?

Son regard flamboyait de colère et ses poings étaient étroitement serrés, prêts à cogner. Toute son attitude était menaçante et je ne savais pas pourquoi.

- Ouais, j’ose. Donc je répète, Jazz, qu’est-ce qu’il se passe ?

- Tes neurones sont sérieusement cramés mon gars ! Bah, vu c’que t’as descendu ces derniers mois, c’est pas étonnant…

- Allez ! Encore une énième leçon de morale sur les méfaits de l’alcool !

- Ouais ben t’aurais p’t’être dû nous écouter plus tôt, connard !

- Putain Jasper ! C’est quoi ton problème ?

Il expira et inspira lentement puis passa ses mains sur son visage tout en marmonnant des « calmes-toi, Jazz, calmes-toi ». Il souffla lourdement une dernière fois avant de planter son regard meurtrier dans le mien et de parler d’une voix lente et basse.

- Bella, ça te rappelle quelque chose ? Apparemment pas…
Il me jeta un regard blasé et souffla avant de regarder Kate comme la dernière des merdes.

- Quoi Bella ? Malgré moi, ma voix trembla en prononçant son prénom.

- Comment ça « quoi Bella » ? T’es con ou tu le fais exprès ? Quatre mois que tu nous emmerdes avec ta Bella, que tu te laisses complètement dépérir parce que tu ne l’as pas près de toi et quand tu la vois, tu trouves rien de mieux que te jeter sur la première pouf qui passe ! C’est quoi ton problème Edward ?

- Premièrement, la pouf, comme tu dis, s’appèle Kate et elle ne mérite pas que tu l’insultes gratuitement. Deuxièmement, Bella avait bien mieux à faire que me voir ! Alors ouais, je me suis jeté sur Kate et on s’est barré !

Jazz éclata d’un rire sans joie et me regardait d’un air écœuré, le dégoût suintant par tous les pores de sa peau.

- T’es vraiment qu’un pauvre type, Ed… C’était quoi ton p’tit cinéma d’hier soir ? T’en avais ras le bol de souffrir dans ton coin alors tu t’es vengé sur Bella en levant la première nana qui passait à portée sous ses yeux ? Je ne te pensais pas capable de coups aussi bas…

- Me venger ? Mais tu délires, là !

Alors que le ton montait de plus en plus entre Jasper et moi, et que nous nous apprêtions à en venir aux mains, je vis du coin de l’œil que Kate contournait le comptoir, puis la sentis s’interposer entre nous.

- Euh… Écoutez les gars, je crois que…

- Toi la greluche, on t’a pas sonnée ! Lui cracha Jazz d’un ton sans équivoque.

- Tu lui parles pas comme ça, Jazz ! Elle ne t’a rien fait, alors respecte-la !

- Oh ! Excuse-moi de manquer de respect envers le nouveau grand amour de ta vie ! Parce que c’est comme ça que ça marche chez toi, hein Edward ? Une soirée de beuverie, une nuit au pieu et « boum ! » t’es amoureux fou ! Railla t’il.

- Mais tu délires, Jazz ! Y’a rien entre Kate et moi !

- Mais bien sûr ! Tu lui pourlèches la gueule, la pelotes devant la soi-disant femme de ta vie et l’emmènes chez toi pour baiser, mais y’a rien entre vous ?

- Exactem…

- T’es qu’une saloperie d’hypocrite, Edward ! Tu ne te rends pas compte de tout le mal que tu as causé hier soir ! Tu n’as pas vu l’état dans lequel était Bella après que vous soyez partis ! Tu…

- Mais qu’est-ce que ça peut lui foutre à Bella, hein ? Elle s’en fout de ma gueule, elle va se marier !

Jasper se figea brutalement et son visage fut vide d’expression pendant un bref instant avant qu’il n’explose de rire.

- Quoi ? C’est quoi cette pathétique excuse ?

- Ce n’est p…

- LA FERME VOUS 2 ! Hurla Kate en s’interposant entre nous et en nous écartant l’un de l’autre.

- Toi la pou…

- J’ai dit LA FERME !

Kate passa ses mains dans ses cheveux avant de souffler bruyamment et de nous regarder sévèrement l’un après l’autre.

- Maintenant on va aller s’asseoir, discuter et faire le tri car je crois qu’il y a quelques malentendus entre nous…

- Tu n’as pas à me di…

- Tais-toi et va t’asseoir ! Edward, toi aussi ! Allez, plus vite que ça !

Bon sang ! J’avais vu la Kate railleuse, la Kate marrante, la Kate compatissante et la Kate fragile, mais là, elle me faisait plus penser à un dragon qu’autre chose. Pour un peu, on verrait presque la fumée sortir de ses narines. Elle était carrément effrayante.

Jasper nous lança à chacun un regard méprisant mais finit par s’asseoir à une table et nous le rejoignîmes.

- Bon, premièrement Jasper, je ne suis ni une pouffiasse, ni une greluche. Deu…

- Ouais ! Et mon cul, c’est du poulet !

- La ferme j’ai dit ! Je crois qu’il y a de gros malentendus entre vous deux…

- Ah parce que te faire sauter par Edward c’est un malentendu peut-être ?

- Mais j’ai pas couché avec ! Si tu veux tout savoir, Jasper, on était même pas chez lui depuis cinq minutes qu’il me ronflait à la figure !

Kate riait encore en se rappelant ma tronche ce matin. Quant à Jasper, il la regarda attentivement, cherchant à déceler le vrai du faux dans ses expressions avant de se tourner vers moi. Puis il se figea et son visage prit une expression à la fois choquée et désolante à souhait. Il se tourna vers Kate et plongea son regard, qui s’était incroyablement adouci, dans le sien.

- Euh… Kate, c’est ça ? Ce… C’est vrai ? Vous n’avez pas…

Kate le regarda avec des yeux pétillants de malice et lui raconta, à ma plus grande honte, notre expérience avortée de la veille. Je ne savais pas pourquoi, mais cela avait l’air de soulager Jasper. Il soupira si longuement que je crus qu’il retrouvait son souffle après avoir été écrasé par un éléphant pendant des heures. Enfin, il se tourna vers moi avec un regard empli de tristesse et d’excuses silencieuses.

- Ed… Je suis désolé, je croyais… Mais comment tu voulais que je sache que tu ne l’avais pas culbutée ? Tu lui roules une galoche et la pelotes devant nous, c’était évident que tu allais te la faire ! Pourquoi t’as fait ça, Ed ? Pourquoi tu t’es barré comme ça avec Kate ? J’comprends pas Ed, personne n’a compris…

- J’en sais rien moi-même Jazz… Je crois que… que j’ai voulu passer à autre chose quand je l’ai vue…

- J’comprends pas ! Putain Ed, ça fait 4 mois que tu nous bassines avec Bella, 4 mois que tu ne vis plus, 4 mois que tu nous inquiètes ! Je sais qu’on ne se connaît pas depuis toujours, mais Alice, Rose et moi, on s’inquiète pour toi autant que ton frère ! Pourquoi passer à autre chose alors que tu pouvais enfin l’avoir !

- Bordel Jazz, t’as fumé quoi hier pendant qu’elle était là ? Elle va se marier !

Penser à Bella, en somptueuse robe blanche, au bras d’un autre me fit mal au point où je préférais qu’on m’arrache le cœur… Jasper, lui, me regardait comme si je débarquais d’une autre planète.

- Mais de quoi tu parles, Edward ? Qui va se marier ?

- Ben Bella ! Avec Black…

Kate posa sa main sur mon épaule lorsqu’elle vit mon expression passer de la tristesse au désespoir le plus profond et fusilla Jasper des yeux lorsqu’il explosa de rire.

- Ah ! Ah ! Ah ! Mais où est-ce que t’as été pêcher une idiotie pareille, Eddy ! Oh putain, c’est la meilleure celle-là !

- Merde ! J’t’ai déjà tout raconté ! Tu te rappèles quand je suis revenu ici aussi vite après le ballet, le mois dernier ? C’est parce que je les avais trouvés dans les bras l’un de l’autre… Et hier, elle lui saute au cou en hurlant « oui Jacob ! Bien sûr que je te dis oui ! ». J’étais peut-être rond comme une queue de pelle, mais…

- Ben justement, si tu picolais moins, tu ne te ferais peut-être pas de films…

Jasper me regardait tristement et me parlait comme s’il était en train d’expliquer quelque chose à un gosse de trois ans.

- De quoi tu parles, Jazz ?

- Bella ne va pas se marier, ni avec Jacob, ni avec personne d’autre…

- Expliques-toi !

Jazz se leva et expira lourdement en se tenant le visage dans les mains…

- Putain ! J’leur avais dit que c’était sûrement un malentendu, je m’en doutais… Je suis désolé Edward, je ne suis pas le mieux placé pour t’en parler, je… Bref, rassures-toi, Bella ne se marie avec personne. Et si tu ne te mettais pas carafe tous les jours et que tu nous avais écoutés lorsqu’on t’en parlait, tu le saurais depuis un mois ! Jacob Black va bien se marier, mais pas avec Bella.

Pour la première fois depuis longtemps, j’eus l’impression de pouvoir respirer pleinement. J’avais envie de rire, de chanter, de sourire… jusqu’à ce que je me rappelle de ma connerie monumentale de la veille, devant mon ange… Je me frappais le front sur la table en répétant inlassablement que j’étais le roi des cons et Jasper me mit une tape dans l’épaule avant de se lever.

- Explique-moi, Jazz ! J’ai besoin de savoir pourquoi j’ai tout foutu en l’air ! J’ai besoin de savoir pourquoi Bella a crié « oui » en sautant au cou d’un autre ! J’ai bes…

Ma voix commençait à flancher de nouveau, submergée par les sanglots qui menaçaient de s’échapper. Jasper passa derrière le comptoir et se saisit du téléphone, tandis que Kate me tapotait doucement le genou en me murmurant des « t’inquiète pas, ça va s’arranger ».

- Allo Tanya ? C’est Jasper ! Ça va?
- …
- Mouais bof ! Et Bella ?
- …

POV Jasper :

What’s the fuck ? C’est quoi ce délire?
Il a donc agi par pure jalousie et désespoir ? Putain, j’me doutais bien qu’il y avait un truc pas net là-dessous ! Mais si au moins il nous avait écouté ce con ! Un mois de perdu à cause d’un putain de malentendu… Ils sont vraiment graves ces deux-là, de vrais handicapés des sentiments !
Et cette Kate, j’ai vraiment dû lui foutre la trouille à cette pauvre fille… Elle est quand même correcte, elle a pas cherché à « abuser » d’Eddy et en plus, elle essaye de lui remonter le moral. Remarque, j’aurai bien voulu les voir hier soir, d’après ce qu’elle m’a raconté, ça valait le coup d’œil ! Un Ed rond comme une queue de pelle, qui l’appelle « Bella » et ronfle 30 secondes plus tard, c’est tordant ! Oooh… Il va en entendre parler pendant un bail, celui-là !
Il veut savoir, il veut savoir… J’peux rien lui dire, moi, c’est pas à moi de le faire ! Il est tellement malheureux… Il l’aime plus que tout, ça se voit aussi clairement que le nez au milieu de la figure. Bon, j’vais appeler Tanya, on sait jamais, peut-être qu’elle aura une solution…

- Allo Tanya ? C’est Jasper, ça va ?

- Eeeeh ! Salut Jazz ! Je vais bien et toi ?

- Mouais bof ! Et Bella ?

- Bella va mieux. Enfin… physiquement, ça va. Les bébés sont tirés d’affaire et on l’a transférée au service des grossesses pathologiques.

- Hein, hein… Hein, hein... Pfff… C’est bon alors ?

- Oui, ça va. Sa tension est légèrement remontée et si les monitorings et résultats d’analyses sont bons, Bella devrait sortir demain, après-demain au plus tard.

- Ok ! Ouais, sinon y’a Edward qui est ici…

- QUOI ?! Qu’est-ce que cette sale petite ordure fout ici ? Après ce qu’il a osé faire en plus ! Tu lui en as collé une, j’espère !

- T’énerve pas Tanya ! Tu ne sais pas tout, on s’est bien planté en fait. Je me doutais bien qu’il y avait un énorme malentendu là-dessous, il a cru que Bella acceptait une demande en mariage de Jake…

- Comment ? Jake et Bells ? Faut vraiment qu’il arrête la bouteille ! Ok, je veux bien admettre qu’il a fait une erreur, mais merde ! Y’a eu des conséquences tout de même ! Regarde dans quel état il a mis Bella !

- Ouais, je sais qu’il y a eu des conséquences…

- Tu m’étonnes ! Tu lui as dit où ses conneries avaient conduit la «femme de sa vie» ?

- Non, c’est pas à moi de lui dire. T’as bientôt fini ?

- Je viens juste de finir mon service, pourquoi ?

- Tu pourrais passer au bar ? Qu’on en discute avec lui ?

- Pfff… J’ai pas vraiment envie de voir sa gueule… Mais bon, si nous avons une chance de lui remettre les idées en place pour qu’il se bouge le cul, j’accepte de le voir. Je fais pas ça pour lui, je le fais uniquement pour Bella. Je pourrais être là d’ici… une demi-heure, ça te va ?

- D’ici une demi-heure ? C’est génial ! On t’attend ! Oh, je vais fermer le bar, j’ai vraiment pas la tête à bosser aujourd’hui… Tu fais sonner le téléphone quand t’arrives, ok ?

- Pas de soucis Jasper, je te bipe dès que je suis au coin de la rue. Allez, à tout de suite!

- Ok, à tout’ !

Cool, Tanya va passer ! On va pouvoir mettre les choses à plat avec Edward ! Quoique… il mériterait bien quelques pains bien placés pour ce qu’il a fait ! Si au moins, ça pouvait le pousser à se bouger et aller voir Bella…
Bah qu’est-ce qu’il a à me reluquer comme ça ? J’ai un troisième œil ? Le nez au milieu du front ? Un anus à la place de la bouche ?

POV Edward :

Je n’y comprenais rien. Jasper téléphonant à Tanya… Mon ex ? Impossible, il ne peut pas la connaître ! Et c’était quoi cette histoire de conséquences ? Et son brusque soulagement ? Je nageais en plein brouillard et pourtant, pour une fois, j’étais à peu près sobre…
Jasper ferma le bar puis revint s’asseoir avec nous ; il avait l’air épuisé.

- Euh… Jazz, c’était qui cette Tanya ?

- Bah c’te question, ton ex ! La fille qui est avec Jacob !

- Et… Tu les connais depuis quand ?

- Un peu moins d’un mois, c’est Bella qui nous les a présentés ! D’ailleurs, Emmett et Rose s’entendent très bien avec !

Ne comprenant rien à ce qu’il se passait, je secouais ma tête d’un air dépité et partis me faire un café que j’arrosais d’une copieuse rasade de cognac.
Je retournais m’asseoir avec Jazz et Kate qui discutaient de tout et rien. Jasper n’arrêtait pas de s’excuser auprès d’elle pour son comportement plus que désobligeant et la remerciait de m’avoir remonté les bretelles ce matin. Il fit sacrément la gueule lorsqu’il apprit que Kate était fiancée mais eut de la peine pour elle lorsqu’elle lui expliqua la situation avec Laurent.

- Mouais… Bref, toi aussi t’étais prête à te venger de ton fiancé hier soir en couchant avec le premier venu, en gros !

- Ben… Oui. Quand j’ai vu qu’une fois de plus il m’avait raconté un bobard, j’ai vu rouge et… enfin tu vois !

- Pas génial comme histoire… Et tu vas faire quoi maintenant ?

- Déjà écouter ce que Laurent va encore me sortir comme salade… et si je vois qu’il n’y a plus rien de possible entre nous, me prendre un appart.

- T’as un boulot à Seattle ?

- Je commence la semaine prochaine à l’hôpital ! Mon premier vrai poste !

- L’hôpital ? Tu fais quoi comme boulot ?

- Je viens de passer mon diplôme d’infirmière, spécialisée en néonatalogie. J’aurai préféré devenir pédiatre, mais je n’avais pas les moyens de payer mes études de médecine, et comme je voulais travailler dans le domaine de la médecine infantile, je me suis rabattue sur les soins infirmiers. Mais je ne le regrette pas, j’adore ce métier !

Le téléphone de Jasper sonna une fois et il se leva pour ouvrir la porte du bar.
Tanya fit son apparition en m’assassinant du regard. Elle était toujours aussi belle, mais toujours aussi artificielle.

- Edward.

- Tanya.

Ouais, super ! Miss glaçon venait de faire son entrée…

- Salut Jazz !

Elle lui plaqua une bise sur la joue et lui accorda un sourire éblouissant.

- Salut la belle !

- Mademoiselle.

- Kate, c’est comme ça que je m’appelle.

Tanya nous ignora superbement et se tourna vers Jasper après s’être assise.

- Alors, c’est quoi cette histoire de mariage de Bella ?

Jasper lui raconta donc ce que j’avais vu à deux reprises ou plutôt ce que j’avais cru voir et Kate lui confirma qu’il ne s’était rien passé entre nous. Tanya se calma immédiatement envers ma nouvelle amie, mais elle resta toujours aussi glaciale avec moi…

- T’es vraiment con Edward, tu le sais ça ? Mais bon, je peux admettre que la situation pouvait porter à confusion…

- Mais comment voulais-tu que je le sache ?

- Ben tout simplement en demandant, crétin !

- Mouais, pas con… Mais ça ne m’explique toujours pas ce que Bella faisait dans les bras de Jake le mois dernier, ni le « oui » d’hier !

Je ne m’étais même pas aperçu que les larmes avaient recommencé à couler ; ma voix plaintive et étranglée m’en informa.
Tanya m’observa attentivement pendant quelques instants et son regard finit par s’adoucir. Elle posa sa main sur la mienne et la tapota doucement.

- Eh bé ! Quand les autres m’en parlaient, j’avais du mal à le croire, je ne te connaissais pas comme ça… Tu es réellement mordu, hein ? Pfff… Le soir du ballet, j’étais de service et je voulais absolument parler de quelque chose avec Bella avant qu’elle ne reparte en tournée. Cela faisait quelques années que nous ne nous parlions plus, depuis que je lui avais piqué son petit ami, Jacob, et Bella me manquait, elle avait toujours été ma meilleure amie. Je reconnais que lui piquer son mec était dégueulasse, mais que veux-tu, j’étais une gamine à l’époque… Enfin bref ! Jacob m’a demandée en mariage et je voulais que Bella soit mon témoin. Comme je n’avais aucun moyen pour la contacter, ni téléphone ni adresse, et que je ne pouvais pas le lui demander moi-même, j’ai envoyé Jack. Si tu les as trouvés dans les bras l’un de l’autre, c’est parce qu’ils venaient enfin de faire la paix et Bella était ravie pour Jacob et moi, elle a accepté d’être mon témoin. Elle m’a fait un magnifique cadeau ce jour-là, elle ma redonné son amitié. Et hier soir, elle m’en a fait un plus beau encore… Le « oui » que tu as entendu était bien la réponse à une demande, Edward, mais pas pour un mariage. Elle a accepté d’être la marraine de notre bébé…

Un « oh ! » fut tout ce que je réussis à dire après toutes ces révélations.

Mais qu’est-ce que j’suis con !
J’te l’fais pas dire…

Je regardais Tanya, elle était tout simplement rayonnante de bonheur et caressait tendrement son ventre plat mais porteur de vie.

- Euh… Et bien des félicitations s’imposent, je crois ! Je… je te souhaite tout le bonheur du monde, Tanya, et à Jake, aussi. Tu en es à combien ?

- Oh, c’est le début, j’entame ma septième semaine !

Elle éclata d’un rire joyeux et essuya une larme qui perlait au coin de ses yeux, puis son regard s’attrista et se fixa au mien.

- Tu sais que t’as agi comme le dernier des abrutis, Edward ? Tu ne te rends même pas compte de tout le mal et toute la peine que ce simple malentendu a provoquée… Pourquoi tu n’as pas cherché à t’expliquer avec Bella dès le départ ?

- Je… J’ai… J’en sais rien…

J’enfouis soudainement mon visage entre mes bras posés sur la table tandis que Tanya me frottait le dos.

- Tu sais, Edward, dans le genre prise de tête et « j’me fais des films », tu as toujours fait fort, mais jamais je ne t’avais vu aussi torturé… Même ton propre frère ne te reconnaît plus ! Et honnêtement, ce que tu t’envoies tous les jours n’arrange rien, tu le sais, non ? Ressaisis-toi, bordel et bouge ton cul !

Comme si je ne le savais pas que j’étais torturé… Comme si je ne le savais pas que je ne dessaoulais pas depuis 4 mois… Comme si je ne le savais pas que j’étais le dernier des cons…
Je devais absolument la retrouver, il le fallait à tous prix… Même si je m’attendais à me prendre une sacrée claque suite à ma connerie monumentale d’hier soir, ce qui serait amplement mérité…
Je me perdais dans mes remords et mes regrets tout en me maudissant intérieurement d’avoir tout gâché. Bella ne voudra certainement pas me voir après le spectacle que je lui avais offert la veille et c’était tout à fait compréhensible, mais je devais essayer…

- Euh… Tanya, il faut… il faut que je la voie. Sais-tu où je peux trouver Bella ?

Pour toute réponse, j’entendis deux halètements. Je levais la tête pour voir Jasper et Tanya se regarder droit dans les yeux, comme s’ils conversaient silencieusement. Ils avaient l’air mal à l’aise et ne répondaient, ni l’un, ni l’autre…

- Tanya ! S’il te plaît… Dis-moi où elle est…

Jasper haussa les épaules et lui fit un bref signe de tête, puis Tanya se tourna vers moi et plongea son regard dans le mien. Elle m’observa longuement et me donnait l’impression d’être jaugé. Enfin, elle me fit un petit sourire triste et se décida à me répondre.

- Bella est… Elle est à l’hôpital…

- QUOI ? Qu’est-ce qu’elle a ? C’est grave ? On peut la soign…

Je ne m’étais aperçu que je m’étais brusquement levé, envahi par la panique à l’idée que quelque chose de monstrueux ne soit arrivé à ma douce, que lorsque la chaise se fracassa au sol et que Jasper me ceintura de ses deux bras pour me retenir alors que je fonçais déjà vers la sortie.

- Ed ! Calmes-toi bon sang ! S’écria t’il en me maintenant toujours fermement.

- Edward, Bella va bien, ne t’inquiète…

- Putain Tanya ! Comment tu veux que j’me calme ? Tu m’dis qu’elle est à l’hosto et…

- Oui, je sais, elle est à l’hôpital, mais ça va maintenant ! Elle a eu des… elle a fait un malaise hier soir et on a préféré la conduire à l’hôpital, mais ne t’inquiète pas, maintenant tout est sous contrôle !

- Quoi ? Comment ça « tout est sous contrôle » ? Vous m’cachez quoi, bordel ?

- Rien. On ne te cache rien. Maintenant tu te calmes parce qu’il est hors de question que tu la stresses d’avantage dans son état !

- Qu’est-ce qu’elle a ?

Je n’en pouvais plus. Ils n’arrêtaient pas de me balancer leurs « t’inquiète pas », « faut pas la stresser » alors que ma Bella était clouée sur un lit d’hôpital, dieu seul savait dans quel état ! Et ça voulait dire quoi leurs échanges de regards et le « tout est sous contrôle » ?
Jasper me tenait toujours et Tanya posa ses mains sur mon visage, me forçant à la regarder.

- Écoute-moi, Edward. Bella va bien maintenant. Elle est juste… épuisée et a besoin de se reposer. D’accord ?

Je hochais bêtement de la tête en tentant de digérer l’information mais ne pensais qu’à une chose, la voir. Absolument.

- J-je dois la voir… Je dois lui parler… lui expliquer… m’excuser… Maintenant…

Alors que je filai en direction de la sortie, Jasper m’agrippa le poignet et me retint de force.

- Edward, il n’est pas question que tu prennes la route, t’as bu ! Même si tu es à peu près clean, tu ne peux pas prendre le volant dans cet état…

- Mais je dois la voir !

- Je t’emmène… Vous restez là, les filles ?

Tanya et Kate lui répondirent d’un bref hochement de tête et se mirent à discuter de tout et de rien pendant que je trépignais d’impatience alors que Jasper mettait un temps fou à prendre ses papiers et ses clefs. Une fois dans la voiture et la ceinture attachée, il mit le contact puis démarra. La route jusqu’à l’hôpital me parut épouvantablement longue et je m’inquiétais de savoir dans quel état j’allais trouver ma pauvre Bella…
Enfin, nous arrivâmes à destination ! Jasper me prévint qu’il restait dans la voiture à m’attendre. Je filais à l’accueil. Une hôtesse blonde, siliconée au-delà de l’imaginable et maquillée à outrance me fit un sourire qui se voulait aguicheur en papillonnant des cils.

- Bonjour monsieur, vous désirez un renseignement ?

- Euh… Bonjour. La chambre de mademoiselle Swann, s’il vous plait.

Elle tapota quelques instants sur le clavier de son ordinateur avant de me répondre d’une voix lasse et légèrement déçue.

- Troisième étage, service gynécologie-obstétrique, pathologie couloir B, chambre 348.

Je marmonnais un bref « merci » avant de filer en direction des escaliers, les ascenseurs étant bondés. Je survolais littéralement les marches puis arrivais finalement à l’étage indiqué. Je courus dans le couloir, cherchant la chambre 348. La porte était grande ouverte, Bella était allongée sur son lit, le visage pâle, une main posée sur son ventre, une perfusion accrochée à son bras et des capteurs posés à différents endroits sur son ventre, reliés à une espèce d’oscilloscope, et un homme grand et blond, les cheveux longs noués en catogan et vêtu d’une blouse blanche était assis à côté d’elle, il lui tenait son autre main en lui parlant doucement.

- … laisse-moi être là pour toi, Bella. Surtout maintenant, tu en as besoin… Tu peux compter sur moi, tu le sais.

- Garrett je… je sais mais…

Il la fit taire en posant son index sur ses lèvres. Je brûlais de lui arracher son foutu doigt qui osait souiller le corps de ma déesse…

- Tu sais que je suis fou de toi depuis ce soir-là, Bella… Tu n’as qu’un mot à dire et je suis à toi. Laisse-moi t’aimer, Bella…

Elle lui fit un faible sourire et resserra ses doigts autour de la main de ce « Garrett ». Il posa sa main sur le ventre de mon ange et le caressa doucement. Elle gémit faiblement en prononçant son prénom et il prit cela comme une invitation à l’embrasser. Il s’empara de ses lèvres et Bella se figea. Des larmes roulèrent silencieusement sur ses joues et je me figeais à mon tour, cloué sur place par la douleur, lorsqu’elle s’abandonna à lui et répondit à son baiser. Elle se recula et posa sa main sur la joue de ce type puis ouvrit les yeux.

- Garrett, je…je ne… Edward ?

J’avais dû faire du bruit s’en m’en apercevoir et les grands yeux chocolat de Bella, emplis de souffrance, de tristesse et de surprise s’étaient fixés sur moi. Je fermais les yeux et baissais la tête ; j’avais mal, d’accord, mais je n’avais pas mieux agi la veille… Je devais lui parler, seul à seule, lui dire ce que j’éprouvais pour elle, que je l’aimais à en crever…
J’ouvris les yeux et mon regard se posa sur son ventre. Elle le caressait doucement d’une main et l’autre avait toujours sa main dessus. J’aperçus alors un très léger renflement…
Service gynécologie-obstétrique… le monitoring…
Tu sais que je suis fou de toi depuis ce soir-là… Laisse-moi être là pour toi… Surtout maintenant…
Elle est enceinte… Garrett… Mais quel con !

- Je… je suis content de voir que tu vas bien, Bella… J-je dois y aller… Au-revoir.

Je fis rapidement demi-tour et m’enfuis le plus loin possible… Elle méritait d’être heureuse et apparemment, je n’étais pas celui qu’il lui fallait…
J’aurai pu l’être si je ne m’étais pas fait autant d’idées pendant ces longs mois…
Je quittais au plus vite l’étage et la future parfaite petite famille, faisant abstraction des « Edward » déchirants qui résonnaient dans le couloir…

3 - Ces malentendus qui nous déchirent...

POV Edward :

Putain… c’est pas possible… ça fait un mal de chien, bordel !
J’ai encore dû m’en prendre une sévère hier soir pour avoir une casquette plombée comme celle que je me traîne… Je me retournais en grognant dans mon lit. Mais qu’est-ce que c’est que ça ?
Une tête blonde sortait des couvertures… Un corps de femme… nu…

Putain mais qu’est-ce que j’ai foutu ? C’est qui celle-là ? Et qu’est-ce qu’il s’est passé ?
Et merde ! Qu’est-ce que je fous à poil ? Dans quelle galère je me suis encore fourré, une fois de plus ?

La fille dormait toujours et je n’avais pas vraiment envie d’être encore au lit lorsqu’elle se réveillerait… Courageux, mais pas téméraire. Qu’est-ce que j’allais bien pouvoir lui dire ?
Je me levais en faisant le moins de gestes brusques et de bruits possibles, d’une part pour la laisser dormir, mais surtout à cause de la gueule de bois que je me cognais et qui se rappelait à mon bon souvenir au moindre mouvement J’enfilais rapidement les fringues qui étaient éparpillées au sol et passais à la salle de bains me rafraîchir un peu.

Bon sang, dans quoi j’me suis fourré ?
Ouais ben, fallait pas picoler comme un trou ! Après tu t’étonnes d’avoir un black-out? Non mais sérieux, t’as vu ce que tu t’enfiles depuis 4 mois ?
Pas la peine de me faire la leçon, je sais… j’assume.
Ah ouais ? Et quand ? Entre deux cuites ?
Fais pas chier, j’assume j’te dis !

J’allais dans la cuisine et me fis couler un expresso avant de laisser fondre un gramme de paracétamol dans un verre d’eau. Beurk ! C’est vraiment dégueulasse ce truc…
Je m’envoyais mon café et un petit Jack lorsque la fille me rejoignit.

- Salut Edward ! Bien dormi ?

- Humm… Ouais. Euh... Salut.

Dans ma misère, j’avais quand même eu de la chance, la fille était plutôt pas mal. Grande, blonde, un corps élancé et athlétique, un beau visage, des yeux noisette pétillants de malice…
Mon cœur se tordit de douleur lorsque je vis à quel point les yeux de la fille ressemblaient à ceux de ma Bella. Ah Bella… une seule nuit… et elle me hante toujours depuis 4 mois…
La fille se dirigea vers la machine à café, attrapa une tasse, prépara sa dose de kawa et le fit couler puis vint s’asseoir juste en face de moi. Ses yeux étaient amusés et elle se mordait la lèvre pour ne pas rire, puis son regard se posa sur la bouteille de JD qui était dans ma main. Ses lèvres se pincèrent en une fine ligne et son regard se fit terriblement sévère.

- Putain mais tu crains vraiment toi ! Bordel Edward, il est même pas 10 heures et tu carbures déjà au bourbon ? T’es malade !

- Putain, mais t’es qui pour me faire la morale, hein ? Qui ?

Un soupçon de tristesse voila son regard mi-rieur, mi-coléreux puis elle secoua la tête d’un air affligé avant d’éclater d’un rire franc.

- Tu te rappelles de rien, pas vrai hein ? Bah, vu la couche que tu tenais hier soir, ça m’étonne pas !

Un petit sourire moqueur aux lèvres et le regard amusé, la fille me tendit la main. J’hésitais légèrement avant de la prendre et de la lui serrer puis de la relâcher, putain qu’est-ce que je pouvais avoir l’air con !

- Salut Edward ! Alors moi, c’est Kate !

- Euh… Enchanté Kate ?

Putain, j’en pouvais plus. LA honte. Bon, au moins maintenant, je connaissais son prénom, mais ça ne me disait vraiment pas ce qu’il s’était passé la veille…

- Tu te rappelles vraiment rien de rien ?

Embarrassé au plus haut point, je baissai la tête en essayant de penser à ce que j’avais fait la veille. Qu’est-ce que j’avais bien pu branler dans la soirée ? Et le regard rieur de Kate n’arrangeait rien, elle s’amusait énormément de la situation.

- Pfff… Non. Euh… j’avoue, je… je ne sais pas ce que j’ai foutu hier soir, j’me rappelle plus… Sauf avoir passé la soirée au « Twilight » et me réveiller avec une gueule de bois carabinée.

Kate, les bras croisés sur la poitrine, eut un sourire légèrement pincé lorsqu’elle me répondit.

- Franchement tu me vexes, Edward. Mais bon, là j’ai plus envie de me foutre de toi, tu me fais rire !

- Euh… Est-ce que… y’a eu… euh… on a… enfin… tu vois, quoi.

Je n’osais même pas lui demander si nous avions couché ensemble tellement la honte me submergeait, me laissant à court de mots.

- Si tu veux savoir si on a baisé, la réponse est non.

Sans m’en rendre compte, j’avais retenu mon souffle en attendant sa réponse et je poussais un long soupir de soulagement. Ouf ! Je n’avais pas trompé mon ange… enfin… pas vraiment… puisque nous ne sommes pas vraiment un couple, voir pas du tout même. Puis je me rappelais de nous deux nus dans le lit…

- Euh… Qu’est-ce qu’on foutait à poil, alors ?

Kate me lança un regard affligé, ses yeux si semblables à ceux de Bella pétillant d’amusement, puis elle éclata d’un rire railleur et sonore.

- Ah ! Ah ! Ah ! Aaaah… mystères, Ed ! EH ! Pas la peine de t’affoler, je blague ! Pour faire court, tu m’as draguée hier soir dans un bar, tu n’y es pas allé par 4 chemins, d’ailleurs, tu m’as chopée par le poignet et roulé une pelle direct ! J’avais envie de baiser, tu m’as amenée ici, on a commencé à s’enflammer, on s’est déshabillé, allongé, embrassé, peloté et puis t’as commencé à m’appeler « Bella »… Mon amour-propre en a pris un sacré coup, je dois dire ! Et avant même d’avoir le temps de t’envoyer bouler loin de moi, tu ronflais déjà ! Et vu que j’en avais un petit coup dans le béret, je suis restée pour pioncer. Tu m’en veux pas, j’espère ?

- Hein ! Euh… non. Non, je ne peux pas t’en vouloir. Je devrais plutôt m’excuser…

- T’excuser de quoi ? De m’avoir draguée, allumée à mort ou appelée par le prénom d’une autre ?

- Euh… Ouais, c’est… tout ça, en fait. J-Je suis désolé, je me suis conduis comme un con… je ne sais pas ce qu’il m’a pris… je suis plutôt du genre réservé avec les filles… Les coups d’un soir… c’est pas mon truc.

Je me renfermai subitement en repensant au seul « coup d’un soir » de ma vie, Bella… Un vrai coup de foudre. Une seule nuit avec elle et mes pensées étaient hantées par son souvenir en permanence. Je la voulais au point où ça en devenait nocif pour ma propre santé mentale. Il avait suffi d’une dose, et une seule, pour que je sois en manque et le sevrage était infernal et surtout sans fin. J’étais complètement obsédé par elle à un point que je préférai revivre mon trip et me complaire dans mes fantasmes, l’alcool et la musique aidant. C’était tellement mieux que la réalité, devenue si compliquée à affronter…
Je fus brusquement tiré de mes pensées par de violentes secousses et la voix lointaine de Kate.

- Ard… Edward… houhou t’es là ?

- Hein ? Quoi ? Euh… Désolé Kate je…

- Te bile pas ! Par contre, tu as attisé ma curiosité… C’est qui cette Bella ?

- J… Personne. C’est personne…

- Edward, je suis peut-être blonde, mais je ne suis pas totalement conne non plus. Ne me dis pas que cette Bella n’est « personne » pour toi, je ne le crois pas. Il n’y a qu’à voir ta tête maintenant pour comprendre que tu souffres, et pour moi, 1 + 1 ça fait 2. Les deux sont liés. Qu’est-ce qu’il t’est arrivé, Edward ? C’est qui Bella ?

Je croisais le regard surpris et curieux de Kate. Ce n’était pas de la curiosité mal placée, avide de commérages et du malheur des autres, loin de là ! Elle était simplement intéressée, vraiment intéressée par les évènements. Elle avait l’air concernée par ce que je vivais. Son visage reflétait la compassion et ce fut là, sans savoir ni pourquoi, ni comment, simplement en plongeant dans ses yeux noisette, que je perdis pied et lui racontais tout. Je déballais toute l’histoire de ma vie à une nana parfaitement inconnue au bataillon.
D’abord ma vie d’avant elle et mes multiples déboires sentimentaux, notre étrange rencontre passionnée et que depuis 4 mois, j’étais tombé dans la déchéance la plus totale après avoir passé une nuit idyllique avec une parfaite inconnue… Que nous nous étions « séparés » sur un malentendu… Qu’ensuite, pendant 3 mois, j’avais su gérer un minimum… très petit minimum grâce à mon boulot, mais que j’avais pris un congé sabbatique parce que je n’étais plus capable d’assumer au taf… Que je ne faisais que penser à elle depuis cette nuit-là, qu’elle m’obsédait… Que j’avais continué d’espérer après l’avoir vue dans les bras d’un autre… Que j’avais dû me faire une raison après l’avoir attendue des heures après mon dernier concert pour rien, elle n’était jamais venue… Que bien qu’elle se soit trouvée quelqu’un d’autre, elle occupait mes pensées 24 heures sur 24… Que j’étais désespérément fou amoureux en fin de compte, mais cela je le gardais pour moi.

- Ben dis-donc, t’es sérieusement atteint, là ! Mais dis-moi, je comprends pas… Pourquoi avoir attendu hier soir pour tenter de passer à autre chose ? Pas que ça ait marché, hein, loin de là ! T’es encore trop mordu pour ça… Mais pourquoi hier ?

- Euh… Je comprends pas Kate… Qu’est-ce que tu veux dire par là ?

- Ben, c’est évident ! Voyons, Ed ! Tu me dis que depuis 4 mois, tu ne fais que picoler et penser à elle, et « boum » ! D’un seul coup, ça te prend « tiens, ce soir je vais tirer un coup pour passer à autre chose » ! Qu’est-ce qu’il s’est passé pour ça ?

Effectivement, ce n’était pas bête… Pas une seule fois depuis notre rencontre je n’avais pensé à aller « voir ailleurs », l’idée ne m’avait même pas effleurée. Même si Bella n’était pas ma compagne, j’avais l’impression de la tromper… Que s’était-il passé pour que je drague une parfaite inconnue ? Kate avait été très claire, là dessus, c’est moi qui étais allé vers elle. Enfin, « jeté sur elle » serait plus approprié…
J’essayais de me remémorer les évènements de la veille. C’était loin d’être évident, vu mon mal de crâne et mon absence totale de souvenirs concernant la soirée. Je pataugeais dans un épais brouillard à la recherche de ce que j’avais fait… Emmett et Rosalie m’avaient emmené au bar… Tiens, en parlant de mon frère, il n’est pas là, c’est bizarre… On a discuté avec Jazz et Alice… J’ai fait du piano… J’ai bu, mais ça c’est plus vraiment une surprise. Et j… Bella.

- J’ai vu Bella.

- Quoi ? Mais t’es vraiment le roi des cons, ma parole ! Tu vois la nana qui t’obsède au point que tu te laisses complètement aller… Pas la peine de prendre ton air outré, Edward, je m’excuse de le dire comme ça, mais c’est vrai, t’es une loque… Donc, je disais… Tu vois ton fantasme et puis tu trouves rien de mieux que lever une parfaite inconnue devant elle ? Si tu voulais ruiner toutes tes chances, alors là tu peux être sûr d’avoir réussi, bravo !

Le regard indigné de Kate me transperçait tandis qu’elle me récitait son petit laïus. Une fois qu’elle eut fini, elle secoua la tête avec emphase en claquant sa langue contre son palais.
J’enfouis mon visage dans mes mains et tentais de peigner mes cheveux avec mes doigts tout en réfléchissant à ses paroles. Effectivement, j’avais fait une sacrée boulette… dans le genre connerie de première, c’était réussi ! Mais de toute façon, il fallait bien que je me rende à l’évidence un jour, Bella ne sera jamais à moi… Si j’avais eu de gros doutes à ce sujet, j’en avais eu la preuve hier soir…

Quand vont-ils enfin me foutre la paix ? Ils ne se rendent donc pas compte qu’à force de me parler d’elle, je m’enfonce ? Si au moins, de temps à autre, ils me laissaient seul, mais non… Même la solitude je n’y ai plus le droit ! Il faut toujours qu’il y en ait un avec moi. Ils croient quoi, que je vais me foutre en l’air ? Ben non, même pas… Même ça je n’en ai pas envie ! Je n’ai envie de rien de toute façon… Enfin presque… j’ai uniquement envie d’elle. Avec Emmett et Rosalie, nous sommes arrivés au bar, et comme à mon habitude, j’attrape une bouteille, du rhum si j’en crois l’étiquette et file me mettre au piano. Je suis dans mon refuge…
Je confirme, c’est bien du rhum.
Je pose mes mains sur le clavier et ferme les yeux, imaginant les sensuelles courbes de Bella à la place de l’ivoire, et les caresse doucement. Mes fantasmes se métamorphosent sous mes doigts, devenant mélodies et je m’évade grâce aux notes dans mon idéal... Je vais la chercher à la sortie de l’opéra, une fois sa répétition terminée, elle se jette dans mes bras… Nous rentrons chez nous et je la plaque contre la porte à peine rentré… Elle est si belle quand elle est au summum du plaisir… L’aube naissante nimbe son corps épuisé par nos ébats d’une pâle lumière dorée et illumine son beau visage… Elle est si belle avec sa bague de fiançailles pour seul vêtement, la main posée sur son ventre arrondi par notre enfant… Dans quelques jours elle sera mienne, enfin… Bella…
Putain ! Faut que j’arrête ça au plus vite, je me fais plus de mal que de bien…
L’une de mes mains quitte le clavier pour attraper la bouteille posée à côté de moi sur le banc. J’avale quelques goulées et je sens qu’on m’observe. Je sais que mon frangin et nos amis ont le regard fixé sur moi, j’imagine déjà la pitié, la compassion et la sollicitude qui dégoulinent de leurs yeux. Il y a autre chose… J’ai l’impression qu’une boule de douce chaleur se forme dans mon ventre puis que des milliers de papillons y virevoltent, je me sens étrangement bien et flotte dans du coton. Exactement 4 mois que je n’ai pas ressenti ça. J’ouvre les yeux et tourne la tête à droite, je ne sais pas pourquoi, mais il le faut. Mon regard tombe directement sur Bella…
Elle est assise à une table tout au fond de la salle, Emmett et Rosalie avec elle. Alors que mon frère et ma future belle-sœur s’escriment à lui faire la conversation, Bella n’y prête pas attention, elle n’a d’yeux que pour moi...
Une immense tristesse voile son beau regard, son visage si doux en temps normal a les traits tirés par la fatigue et d’immenses cernes creusent ses pommettes, mais lorsque ses magnifiques prunelles chocolat s’ancrent aux miennes, elles se mettent à brûler d’un feu sacré, flamboyant de passion et enflammé par le désir. Mon cœur mort se réchauffe instantanément et j’ai envie d’y croire. Je sens mes mains trembler et continue à jouer le temps de me calmer. J’aurai l’air de quoi si je me mettais à bafouiller et avoir la tremblote devant elle ?
En l’observant attentivement, je la trouve changée. Ses cheveux ont terni, ils ont perdu leur éclat si chatoyant, mais elle a surtout perdu du poids, facilement 5 kilos… Je suis sûr que son boulot doit l’user comme c’est pas permis. Elle porte un vieux jeans délavé, râpé au niveau des genoux, et un sweat bien trop ample pour sa fine silhouette. Bien que ça ne la mette pas du tout en valeur, Bella est splendide car même un sac poubelle n’altèrerait pas sa beauté naturelle.
Un sourire timide étire ses lèvres et même de loin, je vois ses yeux briller. Elle a l’air excitée par notre rencontre et pose une main sur son ventre, un sourire radieux aux lèvres. C’est le moment… Enfin !
Maintenant…
Au moment où je plaque le dernier accord, pressé de la rejoindre, je vois Jacob s’avancer à leur table, elle lui fait un sourire éblouissant… . Il lui chuchote quelques mots à l’oreille et je la vois mettre ses deux mains devant la bouche, les yeux grands ouverts par la surprise. Elle se lève brutalement et se jette dans ses bras en criant « oui, Jacob ! Bien sûr que je te dis oui ! ».
L’atterrissage est plus que violent et je suis sûr que toute couleur a dû me quitter. Mais quel abruti je fais d’y avoir cru à ce point ! Je me lève avec une seule idée en tête, me barrer d’ici…
Sans le faire exprès, je bouscule une blonde qui n’est pas très loin de leur table, et sans savoir pourquoi, je l’agrippe par le poignet et l’embrasse à pleine bouche avant de l’emmener chez moi sous les regards stupéfaits de mon frère et Rosalie, sidérés de Jazz et Alice, assassin de Jacob et celui douloureux de Bella...

Bella…
Mais qu’est-ce que j’ai pu être con de croire qu’il pouvait y avoir quelque chose entre nous !
Solidarité féminine oblige, Kate était en colère que j’eusse agi de cette façon envers Bella. Si elle savait… Je n’arrêtais pas de recevoir tout un tas de jolis noms d’oiseaux, allant de « crétin » à « abruti » en pensant par « atrophié du bulbe » ou « résidus de con ». Je sentis quelque chose tirer sur ma main, et en baissant le regard, je vis que Kate s’escrimait à me prendre mon JD.

- Putain, fous-moi la paix, Kate ! Lâche ça bordel !

- Ta gueule, Edward ! Tu m’parles pas comme ça, ok ? Tout ce que je veux, c’est essayer de t’aider ! Alors si tu veux réparer les pots cassés avec ta Bella, arrête déjà de picoler dès le matin ! Si t’avais pas été aussi bourré hier, c’est avec elle que tu te serais réveillé au milieu de tes draps et non avec moi !

Malgré moi, les larmes se mirent à couler. Putain ! Voilà que maintenant je me mettais à chialer comme une gonzesse, devant une gonzesse en plus ! Pathétique…
Et pourtant, je n’arrivais pas à les stopper, la tête enfouie dans mes bras posés sur la table. J’entendis du bruit et du mouvement, puis sentit la main de Kate se poser sur mon épaule.

- Je suis désolée, Ed… J’aurai pas dû être aussi directe… T’inquiète pas, tu vas la récupérer ta chérie…

- Im…possible… Fi-fini… Terminé…

- Arrête ça tout de suite ! Si tu pars défaitiste, ça ne marchera pas ! Il suffit juste qu’on retourne au bar et on expliquera à tes potes qu’il ne s’est rien passé entre nous parce que tu ronflais trop pour ça ! Je suis sû…

- C’est très gentil de ta part de vouloir m’aider, Kate, mais ça ne servira à rien… Plus à rien… Il est trop tard…

Elle m’assena une tape sur la tête - putain c’que ça fait mal ! - puis posa ses mains sur mon visage ruisselant de larmes, me forçant à plonger mon regard dans le sien. Les yeux de Kate brûlaient d’une détermination féroce et envoyaient des éclairs. Je ne supportais pas de soutenir son regard, ne voyant que celui de Bella à la place. Bella…
- Il n’est jamais trop tard, Edward.
- Cette fois, si… Elle va se marier…

POV Bella :

Je fus brutalement réveillée par de violentes nausées. Encore une fois, je me levais trop vite et fus prise de vertiges. Et moi qui pensais que seul le premier trimestre d’une grossesse était éprouvant… Pourtant, je suivais les conseils du médecin à la lettre, enfin presque…
J’étais assise sur le bord de mon lit lorsque j’entendis la porte d’entrée s’ouvrir.

- Bells, t’es où ?

La voix de Tanya résonna dans mon crâne et déclencha automatiquement un mal de tête. J’en avais marre de ces foutus maux de crâne, nausées et vertiges en tout genre ! Et dire que j’ai encore cinq mois à tenir…
Je me levais brusquement et fonçais aux toilettes pour déverser le vide contenu dans mon estomac lorsque l’odeur du café me parvint aux narines. Je me rinçais la bouche, me passais de l’eau sur le visage et allais à la rencontre de mon amie.

- Salut Tanya !

- Salut ma puce !

Elle enroula ses bras autour de mes épaules et me claqua une bise sur la joue.

- Seigneur Bella, fais quelque chose ! Tu es toute blanche ! Tiens, je t’ai préparé un petit déjeuner ! Et pense aux bébés, mange !

Je grognais mais allais quand même m’installer sur le canapé ; Tanya m’apporta un plateau avec un thé, un jus d’orange frais, un yaourt et des biscuits. Rien que de voir l’abondance de nourriture me coupait l’appétit…
Je mangeais lentement, mâchouillant plus que nécessaire, ce qui énervait Tanya copieusement. Une fois mon déjeuner terminé, la « torture » commença. Tanya me pesa et m’engueula car je n’avais pas pris un seul kilo depuis le début de ma grossesse, au contraire, j’en avais perdu sept. Elle mesura ensuite la hauteur de mon utérus et fit un sourire satisfait lorsqu’elle vit le nombre indiqué sur son mètre de couturière.

- Bon ! Vu que tu dois aller chez le gynéco dans quelques jours, je vais t’épargner la palpation du col !

Et en plus, elle se moquait de moi. Mes hormones commençant à monter en ébullition, j’informais Tanya que j’allais à la douche histoire de me détendre. Pour la première fois depuis de très, très longues semaines, je me trouvais nue devant le miroir. Je fus frappée par l’image qu’il reflétait. Celle d’une jeune femme faible et fragile, continuellement triste, son épuisement souligné par les immenses cernes qui se trouvaient sous ses yeux, à la peau et aux cheveux ternes. Je posais une main sur mon ventre parfaitement plat. En me regardant, personne ne pourrait penser que j’étais enceinte, et encore moins de jumeaux ! J’avais perdu du poids, beaucoup même, et en peu de temps. Le gynécologue qui me suivait mettait ça sur le compte des nausées et du surmenage, alors qu’en fait, c’était plus simple que ça, j’avais perdu tout appétit, me contentant de picorer quelques miettes par-ci, par-là, depuis cette nuit et c’était pire encore depuis cette soirée…
L’eau ruisselant sur mon corps amoindri, je me remémorais cette image qui avait brisé tous mes rêves d’être avec Ed… lui.
Il l’étreignait fermement dans ses bras ; elle avait son visage enfoui dans son cou. Jessica…
Quelle idiote j’avais été de croire qu’il allait m’attendre !
D’un autre côté, je ne pouvais pas lui en vouloir… Jessica et lui avaient été fiancés pendant quelques années avant qu’elle ne le quitte. Elle s’était sûrement rendue compte de son erreur et souhaitait renouer avec lui. Qui ne le souhaiterait pas ? Et honnêtement, que vaut une nuit de passion comparée à plusieurs années de vie commune ? J’essayais de me faire une raison, qu’Ed… qu’il faisait le bon choix en se remettant avec Jessica, qu’il avait raison… et surtout qu’il m’avait oubliée… Mais une petite étincelle continuait de brûler en moi, me donnant envie d’y croire, même si j’en souffrais. Et entendre sempiternellement Rosalie, Emmett, Alice et Jasper me rabâcher à longueur de temps « mais si, il est fou de toi ! Il t’aime ! » n’arrangeait rien à mon désespoir, bien au contraire…
Depuis cette soirée là, mon moral en avait prit un sacré coup, et malheureusement ma santé aussi ; ma dernière visite chez le gynécologue me l’avait confirmé…

- Mademoiselle, je ne vais pas vous mentir, je m’inquiète pour vous. Vos résultats d’analyses me sont parvenus et ne sont pas vraiment bons. Votre taux de fer est incroyablement bas et vous risquez fort de vous retrouver anémiée d’ici peu. Je vais vous prescrire un complément en fer ainsi qu’un complément vitaminique qui boostera votre organisme. Je vais également vous mettre en arrêt de travail…

- Mais docteur, la danse est toute ma vie ! Je vais bien, je suis capable de cumuler les deux.

- Non. Vous le pensez peut-être, mais votre corps est incapable de tenir la distance. Vous avez perdu trop de poids, vous souffrez de malaises récurrents et vous avez un taux de fer qui atteint des profondeurs abyssales ! Maintenant, le choix est vôtre : le travail ou les bébés. Vous avez une trop mauvaise constitution physique actuellement pour mener de front votre carrière et votre grossesse. Dans le meilleur des cas, vous risquez un accouchement hautement prématuré et je ne plaisante pas. Vous êtes épuisée physiquement et psychologiquement, vous êtes surmenée, vous êtes excessivement affaiblie et vous attendez des jumeaux. Vous devez faire un choix, et très vite.

- J… je vais m’arrêter. Mais rassurez-moi, je vous en supplie, dites-moi que les bébés vont bien !

- Pour le moment, ils se développent tout à fait normalement.

- Qu’entendez-vous par-là, docteur ?

- Disons que pour le moment, ils vont bien. Vous avez perdu une grande quantité de poids puisque les bébés puisent dans votre organisme et que vous êtes sujette à de violentes nausées et vomissements. Par contre, vous en êtes à un stade critique, ils ne sont plus embryon, mais fœtus désormais et ont besoin de se fortifier. Vous ne devez absolument plus perdre de poids et surtout vous reposer le plus possible pour qu’ils puissent continuer à se développer correctement. Vous devez avant tout penser à vous et à eux. Une sage-femme passera une fois par semaine pour contrôler votre poids et la hauteur de votre utérus, mais aussi s’assurer que vous mangez correctement. Je ne sais pas ce qui vous préoccupe à ce point, mademoiselle, mais il faut que vous vous repreniez en main le plus rapidement possible si vous souhaitez avoir des enfants en bonne santé et mener votre grossesse à terme.

Le choix avait été rapide. Même s’il ne partageait pas mes sentiments et que notre «histoire» avait avorté avant même de pleinement commencer, j’avais la chance d’avoir une part de lui en moi… J’avais donc mis ma carrière entre parenthèses et posé un congé sabbatique d’un an, en plus de l’arrêt prescrit par le médecin. Nos bébés passaient avant tout…
Je me forçais également à manger un peu plus et bien que je n’aie toujours pas pris un gramme, je ne perdais plus de poids, ce qui était une bonne chose en fin de compte. Et surtout, je me reposais au maximum.
Je sortis de la salle de bains pour voir Tanya rayonner de bonheur. Elle avait appris qu’elle était enceinte il y a quelques jours. J’étais heureuse pour Jacob et elle, mais je ne pouvais m’empêcher de la jalouser. Alors que j’étais malade tous les jours, Tanya ne souffrait d’aucune nausée, vertige ou autres douleurs mammaires. Sa grossesse, même si elle n’en était qu’à son tout début, l’épanouissait totalement et la rendait encore plus belle, alors que mes cheveux et ma peau étaient ternes et asséchés.

- Au fait Bella, tu viens toujours manger à la maison demain soir ? Garrett sera là…

- Tanya… Oui, je viens toujours chez toi, mais arrête d’essayer de me caser avec lui s’il te plaît !

Elle leva les yeux au ciel en soufflant lourdement mais finit par accepter.
Depuis que j’avais retrouvé Jack et Tanya, il ne se passait pas une semaine sans que je n’aille dîner chez eux. Un jour, Tanya m’avait retrouvée, pleurant devant le journal télévisé. Jessica y était apparue, interviewant je ne sais plus quelle célébrité et cela m’avait immédiatement rappelé qu’Ed… il ne serait jamais à moi et surtout à nos côtés. Elle s’était donc mis en tête de me trouver quelqu’un et m’avait présenté Garrett, un pédiatre qu’elle connaissait à l’hôpital. Comme par hasard, à chaque fois que je mangeais chez eux, Garrett était là ! Et si l’idée d’entretenir une quelconque relation avec lui me répugnait au plus haut point, ce n’était pas du tout son cas puisqu’il me draguait ouvertement. Je le trouvais très sympathique, drôle, charmant, intelligent… mais Garrett n’était pas Ed… lui. Je ne pouvais pas m’imaginer dans d’autres bras que les siens, ça me donnait l’impression de lui être infidèle. Résultat, à chaque repas chez eux, Tanya et Jack insistaient lourdement sur les « qualités » de Garrett, et avant de rentrer chez moi, j’avais le droit à une leçon de morale de la part de mon amie…
Côté « leçon de morale », j’avais déjà donné ! Et j’en bavais encore ; Emmett me faisait la gueule… Il ne m’adressait plus la parole… Enfin sauf pour m’adresser des reproches…
Je lui avais promis de parler de ma grossesse à son frère le soir du concert, mais lorsque je l’avais vu dans les bras de Jessica, je m’étais retournée sans demander mon reste. Je m’étais sauvée… Ce soir-là, j’étais rentrée directement chez moi, ne souhaitant voir personne et pleurer librement toutes les larmes de mon corps. Je n’avais raconté à personne ce que j’avais vu, de toute façon, personne ne m’aurait cru tant ils étaient persuadés qu’Ed… qu’il ne pouvait pas vivre sans moi. Ah, quelle bonne blague ! Depuis, lorsque Emmett me parlait, c’était pour me dire que je rendais son frère malheureux – mon cul, ouais ! La Stanley s’en occupe bien ! – que j’étais une garce de lui cacher sa paternité, qu’il bousillait sa santé pour moi, que je le tuais à petit feu et j’en passe puisque selon Emmett, son frère sombrait dans la déchéance, et bien entendu, j’en étais l’unique responsable... Rosalie, quant à elle, essayait de tempérer tout ça… Tout en rajoutant une couche par-ci, par-là, genre « tu sais, Edward et toi feriez un si beau couple », « c’est un timide, il ne sait pas comment venir vers toi » ou encore « les jumeaux auront besoin de leur père »… Et ça me faisait si mal d’entendre ça… J’avais tellement envie d’y croire !
Je sortis de mes pensées lorsque Tanya tapota doucement sur mon épaule.

- Bella, je dois y aller. Je suis désolée, ce n’était pas prévu, mais c’est à croire que la majorité des femmes enceintes de Seattle ont décidé d’accoucher aujourd’hui ! On se retrouve au « Twilight » comme prévu ce soir ?

- Oui Tanya, compte sur moi, j’y serai ! Merci encore…

Elle m’étreignit fermement et me plaqua un baiser sonore et mouillé sur la joue avant de quitter mon appartement.
Je passais ma journée à lire et écouter de la musique, puis vers les 18 heures, la sonnette retentit. J’ouvris pour découvrir devant ma porte Emmett et Rosalie. Je leur fis signe d’entrer et comme à son habitude, depuis quelques temps, Emmett boudait. Rose me fit la bise avant de me traîner dans ma chambre.

- Eh Rose ! Tu fais quoi ?

- Bah c’te question ! Je vais t’aider à t’habiller !

- Je ne suis pas une incapable, Rosalie, je sais très bien m’habiller toute seule !

- Oui, oui, c’que tu dis…

- Rosalie, je suis très bien comme ça ! Je me sens à l’aise…

- Dans un vieux jeans pourri et un sweat informe ?

- Rosalie, j’ai besoin de me sentir à l’aise dans mes fringues. Te connaissant, tu vas vouloir me faire porter des vêtements courts et moulants. En temps normal, ça ne me gêne pas, mais n’oublie pas que je suis enceinte et malade. Alors si j’y vais, c’est avec mon vieux jeans pourri et mon sweat informe, comme tu le dis si bien !

Rose leva les yeux aux ciels en marmonnant des « cas désespéré » ou encore « ah, les hormones de femmes enceintes ». Je lui rappelais gentiment qu’un jour ou l’autre, elle aussi vivrait une grossesse et les brusques changements d’humeur…
Tout le temps que dura le trajet jusqu’à mon bar préféré, Emmett ne m’accorda ni un seul regard, ni un seul mot. J’aurais presque eu l’impression d’être totalement invisible si Rosalie ne s’escrimait pas à faire la conversation. Fréquemment, elle jetait des regards exaspérés à son compagnon tout en secouant sa si belle tête et marmottant des « mais quel gamin ! C’est d’un puéril ! ». Bien entendu, Emmett faisait comme s’il n’entendait rien et je me sentais de plus en plus mal... Nous arrivâmes finalement au « Twilight » vers 19 heures, Jazz et Alice m’étreignirent chacun leur tour. Alice, pourtant si petite qu’elle me donnait l’impression d’être un lutin monté sur ressorts, m’enlaça avec une force phénoménale.

- Je suis si contente de te revoir, Bella ! Pépia-t-elle d’une voix aiguë.

- Alice, nous nous sommes vues hier !

- Et alors, je n’ai pas le droit d’être heureuse de revoir mon amie ?

Je lui embrassais sa joue en riant de la voir m’accueillir comme si elle ne m’avait pas vue depuis un siècle. Une fois les effusions terminées, j’entendis une douce mélodie jouée au piano. En me tournant vers l’estrade pour voir qui jouait, je dus me cramponner au comptoir alors que mes jambes se dérobaient sous mon poids. Il était là…
Je me sentis vraiment mal d’un seul coup et fus prise de sueurs froides. J’avais tellement mal de le voir là… Les jambes tremblantes et le contenu de mon estomac menaçant de m’échapper d’un moment à l’autre, je m’éloignais aussi vite que je le pouvais vers la sortie. Emmett m’attrapa violemment par le bras et m’empêcha de partir.

- Lâche-moi, Emmett !

- Ah non, cette fois, tu vas aller lui parler ! Y’en a marre, Bella ! Arrête de t’esquiver !

- Et pourquoi, Emmett ? Pour souffrir encore plus que maintenant et risquer de gâcher sa vie de couple ?

- Mais qu’est-ce que c’est que cette fausse excuse ? Ed n’a personne dans sa vie !

- Bien sûr que si… Je l’ai vu… Je les ai vus…

- Mais non, j’te dis ! C’est mon frangin j’te rappelle !

Tous me regardaient comme si j’étais complètement folle. Je lisais sur leurs visages incrédules leur incompréhension et allais donc devoir leur expliquer ce dont j’avais été témoin. Il cache bien son jeu pour que son frère et ses amis ne s’aperçoivent pas de sa relation… Je leur racontais donc ce qu’il s’était passé ou plutôt ce qu’il ne s’était pas passé, après le concert. Lorsque je leur dis que je les avais trouvés dans les bras l’un de l’autre, Jessica et lui, ils soupirèrent de soulagements et rirent bruyamment. Super ! En plus, ils se foutaient de moi…

- Ah lala… J’me doutais bien qu’il y avait un gros malentendu là-dessous !

Jasper secouait sa tête avec emphase puis il m’entraîna avec Emmett jusqu’à un endroit invisible depuis l’estrade.

- Bella, quand on te dit qu’il n’y a personne dans sa vie, c’est vrai !

- Dans ce cas, explique-moi pourquoi je les ai trouvés étroitement enlacés et les ai vus s’embrasser !

Emmett me prit dans ses bras et me berça sur place alors que quelques larmes roulaient sur mes joues.

- Aaaah Bella… Vous êtes aussi butés l’un que l’autre… Quel gâchis ! Mon frangin ne s’est pas remis avec Jess ! Elle venait simplement le féliciter et lui demander une interview. Elle ne se remettra jamais avec lui puisque Newton et elle vont se marier…

- Quoi ?

- Newton t’a pas appelée ? Putain il est grave, c’est ton ex, bordel, tu méritais de l’apprendre de sa part !

- J… Euh… Mike a appelé plusieurs fois ce mois-ci et laissé des messages, mais je ne répondais pas et les effaçais automatiquement avant de les écouter… J-je croyais qu’il s’était fait plaquer par Jessica et que… enfin bref.

Bon sang, mais qu’est-ce que j’ai pu être conne !
Tu l’as dit, bouffie !

Jessica va se marier avec Mike, c’est génial !
Je me figeais en laissant ces paroles m’imprégner… Mais quelle connerie ! J’avais laissé mes insécurités et mes incertitudes me bouffer une fois de plus et m’étais moi-même mis des œillères sur la vérité. Quel temps perdu !

- Emmett, je veux bien admettre que j’ai fait une connerie en me laissant aveugler par ce que je croyais être la vérité, mais… Pourquoi Edward n’est pas venu me rejoindre dans ma loge après le ballet ?

C’était la première fois en un mois que je prononçais son prénom… Qu’est-ce que cela me faisait du bien !

- Ben… D’après ce qu’il nous a dit et ce que tu nous as raconté, il semblerait qu’il t’ait trouvée dans les bras de Jack… Et tout comme toi, il s’est fait des idées !

- Mais pourquoi ne lui avez-vous rien dit ?

Jasper posa ses deux mains sur mes épaules et se pencha pour me regarder droit dans les yeux.

- Crois-moi Bells, on lui a dit et redit, mais… Edward n’a rien entendu…

- Comment ça ?

Il échangea un regard lourd de sous-entendus avec Emmett et celui-ci hocha lourdement la tête avant de prendre la parole d’une voix triste et lasse.

- Tu te rappelles le nombre de fois où je t’ai dit que tu le rendais malheureux ? Je m’en veux d’ailleurs de t’avoir dit ça, mais… c’est vrai quelque part… ça fait 4 mois qu’il n’est plus le même…

- Je ne comprends pas…

- Bells, tu te souviens de l’état dans lequel vous étiez ce soir-là ?

- Tu parles que je m’en rappelle, Jazz ! J’ai jamais eu aussi mal au crâne de toute ma vie !

- Et bien… Ed n’en a pas décollé depuis tout ce temps…

- C’est à dire ? Jazz, sois plus clair !

- Ben… Disons qu’il picole tellement qu’il n’a même pas le temps de cuver, et à part boire et jouer du piano, il ne fait rien. C’est pire encore depuis son concert… Nous avons beau essayer de lui parler, c’est à peine s’il nous comprend… Il est sur sa petite planète à longueur de temps et on a beau essayer, on arrive pas à le faire atterrir… Je ne vais pas te mentir, Bella, mais… il est devenu une vraie loque…

Je les observais tour à tour et vis sur leurs deux visages la même expression de tristesse et d’inquiétude, bien qu’elle soit plus prononcée chez Emmett. Je me tournais alors vers les filles et les vis regarder en direction de l’estrade. Leurs visages reflétaient les mêmes sentiments que ceux de Jasper et Emmett. Je n’arrivais pas à croire ce qu’ils me disaient sur Edward, c’était impossible… Je devais absolument le voir. Je me levais et partis dans l’arrière-salle puis m’installais à une table tout au fond, la plus éloignée de l’estrade. Emmett et Rosalie me rejoignirent peu après.
De là où je me tenais, je pouvais observer Edward de tout mon saoul. Il jouait, les yeux fermés, le visage à la fois tendu par la concentration mais aussi rêveur. Ses épaules étaient voûtées, comme s’il portait toute la misère du monde. Il avait perdu quelques kilos comme le confirmaient ses joues excessivement creusées et son bracelet-montre trop large pour son poignet. Un faible sourire étirait ses lèvres, illuminant son visage d’une pâleur cadavérique tandis qu’il jouait, contrastant incroyablement avec toute la souffrance qu’exhalait son corps. Mon cœur se tordit dans ma poitrine lorsque je vis à quel point son mal-être était évident et si semblable au mien. Je me laissais bercer par la musique pendant ma contemplation de l’homme que j’aimais plus que tout au monde. La mélodie douce, tendre et sensuelle à la fois, me donnait l’impression qu’il m’appelait au travers des accords. Les notes se succédant me faisaient vibrer de l’intérieur, ses doigts volant sur le clavier me ramenaient à cette nuit, où ils courraient sur mon corps, réveillant toutes les sensations que j’avais cherchées à enfouir en moi il y a 4 mois. Puis la mélodie changea, le thème doux et relativement enjoué se métamorphosa en une tristesse poignante qui me fit souffrir au plus profond de mon âme et de mon être. Un grognement exaspéré s’échappa de ses lèvres et l’une de ses mains quitta le clavier pour s’emparer de quelque chose posé sur le banc. J’eus l’impression qu’on m’enfonçait une lame chauffée à blanc en plein cœur lorsque je le vis porter, d’une main secouée de tremblements, une bouteille d’alcool à ses lèvres et qu’il y bût à grands traits avant de la reposer sur le banc, près de lui. Edward ouvrit les yeux et se figea soudainement puis se tourna instantanément vers moi, comme attiré par une quelconque force magnétique. Mon cœur se brisa lorsque je croisais son regard, mort. Ses si belles prunelles émeraude n’étaient plus que deux disques verts, ternes et sans vie. Si je ne voyais pas son torse se soulever régulièrement au rythme de sa respiration, j’aurai pu croire avoir affaire à un cadavre tant il était pâle et son regard, tout comme son visage, absolument vide de toute expression. Cela me faisait si mal de le voir ainsi et j’aurai moins souffert si on m’avait arraché le cœur…
Son regard se vrilla brusquement au mien et une lueur l’éclaira soudainement, lui insufflant vie. Ses yeux prirent à nouveau cette splendide couleur émeraude, si particulière et son regard me transperça intensément, flamboyant de passion et j’eus l’impression de vivre à nouveau. Une immense vague de désir me submergea et je pouvais lire la même chose dans ses magnifiques émeraudes brûlantes d’envie. Ses doigts continuaient à voler sur le clavier, jouant un thème à la fois brutal et sensuel, sans jamais commettre la moindre fausse note alors que son regard était toujours ancré au mien. Il me détaillait, me scrutait, me buvait littéralement des yeux, se repaissant de me voir et inconsciemment, j’agissais de même. Seigneur, que je l’aimais !
Son souffle était court et je le voyais trembloter légèrement. Il prit plusieurs inspirations profondes pour se détendre, sans jamais me quitter des yeux. Il me donnait l’impression d’un coureur se préparant mentalement avant sa course, la visualisant afin de ne pas commettre la moindre erreur ; Edward se préparait à venir à ma rencontre. Un sourire timide commença à étirer ses lèvres avant de devenir totalement éblouissant, et au même moment, je sentis des bulles se déplacer dans mon ventre. Les bébés. Nos bébés se manifestaient, enfin. Sentaient-ils qu’ils allaient rencontrer leur père ? Oui, sûrement…
Enfin ! Il plaqua le dernier accord et s’apprêta à se lever lorsqu’il devint livide.

- Salut Bells !

- Hey ! Jake ! Comment vas-tu?

- Très bien, mieux que bien même ! Bells… Tu veux bien être la marraine du bébé ? On en a parlé avec Tanya et on veut absolument que ce soit toi… Je t’en prie, dis oui Bella !

J’étais totalement stupéfaite par sa demande. Jamais je n’aurai pu imaginer plus belle preuve d’amitié après ce par quoi nous étions passés tous les trois. Sans m’en apercevoir, j’avais plaqué mes deux mains contre ma bouche pour m’empêcher de sangloter et quelques larmes de joie coulaient sur mes joues. Je me levai et prit Jacob dans mes bras avant de m’exclamer

- Oui, Jacob ! Bien sûr que je te dis oui !

Je pouvais lister ce jour comme l’un des plus beaux de ma vie : j’allais enfin retrouver l’homme que j’aime plus que tout et allais être la marraine du bébé de ma meilleure amie.
Je me détachais de Jake, en sanglotant légèrement et vit Edward se diriger vers le côté bar, sans même un regard pour moi, le visage livide et empli d’une fureur contrôlée. Ses mâchoires étaient si crispées que j’ai cru qu’il allait se briser les molaires… Il bouscula une jeune femme blonde qui retournait s’asseoir avec ses amies et avant même que je ne le réalise, il la pressa contre lui et l’embrassa à pleine bouche. Si j’avais cru savoir ce que signifiait le mot « souffrir » ces derniers mois, j’avais été bien loin du compte. J’eus l’impression de ne plus pouvoir respirer, j’eus envie de vomir et mon cœur me fit atrocement souffrir en voyant l’homme de mes rêves embrasser une autre femme. Il lui chuchota quelques mots à l’oreille et elle lui répondit d’un petit hochement de tête, puis il l’entraîna à l’extérieur. Pas la peine d’être devin pour savoir qu’il l’emmenait chez lui…
Je restais clouée sur place, le corps tremblant, paralysée par la douleur. J’entendis mes amis discuter de je-ne-sais-quoi alors que ma vue se brouillait étrangement, des milliers de petites étoiles blanches passaient devant mes yeux avant qu’une espèce d’écran opaque m’empêche de voir clair. Ma tête bourdonnait et palpitait. De violentes nausées me prenaient. Mais tout cela n’était rien face à la peine de voir Ed… le voir avec une autre. Brusquement, une vague d’atroce douleur me submergea, principalement localisée au niveau du ventre et des reins et mes jambes n’arrivèrent plus à supporter mon poids. Oh non, tout mais pas ça… pas ça ! Pitié, laissez-les moi, ne me les enlevez pas… Je n’ai plus qu’eux… Je m’effondrais en hurlant, à moitié sonnée par la souffrance…

POV Tanya :

Enfin ! J’ai bien cru que la journée n’allait pas se terminer ! Six accouchements cet aprèm’, à croire que ces mamans s’étaient passé le mot !
Je suis pressée d’arriver au Twilight, j’espère que Bella va bien, elle m’inquiète… Je suis tellement heureuse de l’avoir retrouvée et d’avoir gagné à nouveau sa précieuse amitié ! De plus, grâce à elle, j’ai rencontré des personnes formidables, Alice, Jasper et Rosalie, et renoué avec un ancien ami que j’avais perdu de vue, Emmett. Il ne manque plus qu’Edward pour compléter ce tableau idyllique ! Il serait temps qu’il se réveille celui-là, et surtout qu’il arrête ses conneries. Emmett et Jasper m’ont expliqué ce qu’était devenue la routine quotidienne d’Eddy, je n’arrive tout simplement pas à y croire. Il a toujours eu une personnalité torturée, ce qui a énormément contribué à son talent, mais là, il dépasse les bornes ! Il va être papa, merde ! Faudrait qu’il se réveille !
Oooh… pourvu que Bella accepte la proposition de Jacob ! Je ne pourrais rêver meilleure marraine pour notre bébé ! En plus, nos enfants n’auront que quelques mois d’écart, ils pourront grandir ensemble !
Je suis enfin dans la rue du bar et… mais c’est Edward ! Qu’est-ce qu’il fait avec cette fille ? Pourvu que Bella ne l’ait pas vue avec, ça la détruirait…
Je gare ma voiture et au moment où j’entre dans le bar, j’entends un hurlement déchirant de souffrance et de douleur. Bella…

- Bells ! Bells nom de dieu ! Déconne pas, c’est pas drôle !

La voix paniquée de mon Jacob et les mines affolées d’Alice et Jasper me font courir. J’arrive dans l’arrière salle, Bella est clouée au sol, son corps à l’air de convulser. Seigneur non ! Elle a des contractions…

- Jasper ! Appelle tout de suite les urgences et passe-moi le téléphone dès que tu les as en ligne !

Je me jette à genoux à côté de ma petite Bella et pose une main sur son ventre. C’est bien ça, contractions. Non…

- Bella… Bella !

Elle peine à ouvrir les yeux, elle fait une grosse chute de tension…

- Jake ! Va chercher ma sacoche dans la voiture, viiiite !

Il ne se le fait pas dire deux fois et se précipite à l’extérieur.

- Rose, aide-moi, il faut lui enlever son jeans, tout de suite !

- Mais tu peux pas faire ça là ! Y’a du monde !

- On s’en fout ! Pas le temps de discuter, fais-le !

Alors que je déboutonne son jeans, la main faible de Bella s’agrippe à mon poignet. Elle est d’une blancheur cadavérique…

- Ta… nya… non…

- Bella… Tu as des contractions. Je dois absolument vérifier si ton col est ouvert… S’il te plait… Pense aux bébés, Bella !

Elle cligne faiblement des yeux et murmure un faible « oui ».

Jacob arrive avec ma trousse, je prends mon tensiomètre et mon stéthoscope pendant que Rosalie s’escrime à lui retirer son jeans. Je pose le brassard sur son bras et passe le pavillon dessous. Je pompe quelques instants… Oh non… 7,2… Je la reprends, les chiffres sont identiques… Merde ! J’enfile un gant chirurgical et m’aperçois que Jake, Emmett, Alice et Rosalie font écran pour cacher Bella à la vue des personnes présentes dans le bar. C’est dingue ça, à croire que l’espèce humaine aime se nourrir du malheur des autres… Ils sont tous à l’affut de ce qu’il se passe ! Bande de vautours…
Je palpe le col… Merde !
Jasper me tend le téléphone…

- … pouvez être plus précis, monsieur ?

- Je reprends la communication. Tanya Dénali, sage-femme au Seattle Hospital. J’ai une jeune femme de 25 ans, primipare et grossesse gémellaire, 16 S.A + 5 jours, 7.2 de tension, présentant des contractions avec ouverture du col de presque deux doigts.

- L’ambulance est déjà en route. Avez-vous quelque chose sur vous pour ralentir les contractions ?

- Non ! Rien…

- Ne vous inquiétez pas, l’ambulance ne va plus tarder.

- Merci, au revoir.

Et quelle connerie ! J’ai toujours des anti-spasmodiques sur moi, et comme par hasard, aujourd’hui, j’en ai aucun !
Alice et Rosalie caressent les cheveux de Bella en lui murmurant des paroles apaisantes tandis que Jacob et Emmett ont plutôt des envies de meurtres… Moi aussi d’ailleurs… S’il arrive quelque chose aux bébés, je lui ferais la peau à cet empaffé !
Un médecin urgentiste arrive à l’instant, suivi d’un infirmier tandis que Jasper et Alice font sortir les clients, mécontents de rater la suite du « spectacle ». Bande de connards !
Le médecin pose une voie centrale tandis que l’infirmier nous demande si Bella souffre d’une quelconque intolérance médicamenteuse. Non, pas de soucis de ce côté-là.

- Vous êtes sûre que la patiente en est à 16 semaines d’aménorrhée ? Elle est…

- Oui docteur, je la suis. Elle est bien à 16 semaines révolues…

Il lui injecte un antispasmodique pour stopper les contractions ainsi qu’une forte dose de calmant. Le brancard arrive et avec une infinie précaution nous déplaçons Bella et l’installons sur le brancard.

- Qui est le papa ? Nous demande l’infirmier.

- Ils… n’ont… pas… de… père…

Seigneur, la voix de Bella est si faible ! Emmett l’a regarde avec un air à la fois résigné et décidé. Une contradiction à lui tout seul, ce mec !

- J’peux monter avec vous ? S’il vous plait, ce sont mes neveux qui sont là-dedans ! Implore Emmett en effleurant doucement le ventre de Bella.

Le médecin va refuser, c’est sûr… Tiens non ! Il faut dire aussi que Bella s’accroche au poignet d’Emmett comme s’il était sa bouée de sauvetage.
Nous regardons tous l’ambulance partir puis aidons Jasper et Alice à fermer le bar avant de rejoindre Bella à l’hôpital… Pourvu que tout se passe bien…